jeudi 22 décembre 2016

Tarzan et le petit roi : haaaaaaaaaahihaaahihaaa!


Edition de 1948 chez Hachette, "Tarzan et le petit roi" par Edgar Rice Burroughs (adaptation française de Vic Chevet) est l'une de ces perles dont on aurait vraiment peine à se défaire. 

Je ne me lasse pas d'admirer le dessin élégant et complexe du dessinateur Burne Hogarth. Le trait est à la fois fin et puissant et chaque image porte en elle ce pouvoir presque cinétique. Le muscle est saillant, l'eau ondoyante, les couleurs sont franches et rougeoyantes. Amoureux de l'art baroque, Hogarth projette dans son dessin, cette force, cette énergie incandescente. Un classique.


 

mardi 6 décembre 2016

L'inexplicable expliqué dans "Magnétisme et spiritisme"

Au XIXe et au début du XXe siècle, les phénomènes inexpliqués et l'occultisme plus globalement passionnent les cercles intellectuels. En 1933, le Dr Octave Béliard publie chez Hachette, "Magnétisme et spiritisme". Ce médecin a écrit toute une série d'ouvrages relatifs à l'ésotérisme, livrant à la fin de sa vie, une étude plus scientifique sur les phénomènes étranges, "A propos d'occultisme". Son livre de 1933 est plus engagé et brosse une histoire du magnétisme ainsi que de l'hypnose et de la suggestion. La couverture annonce la couleur puisqu'il s'agirait de la main d'un magnétiseur, preuve de la possibilité d'un dégagement fluidique du corps humain.
Si Béliard semble sans cesse écartelé entre raison et nécessité de laisser la porte ouverte à l'inconnu, il insiste toujours sur le devoir d'être critique. Ainsi, il arrive que des médiums étalent des connaissances dont ils sont ignorants, à l'état d'éveil. L'explication terre-à-terre de Béliard : "Je suis bien ignorant en mathématiques, mais il n'y a pas d'impossibilité à ce que j'écrive bêtement une page d'algèbre pleine d'équations justes : mon oeil en a sûrement vu et mon inconscient enregistré avec une fidélité photographique..."

Et en parlant des médiums, voici une illustration de l'ectoplasme, substance (vapeur ou liquide visqueux) qui s'écoulerait de la bouche du médium et prendrait des formes diverses. L'auteur a assisté à plusieurs séances de spiritisme où il a constaté de tels phénomènes, y compris la matérialisation de personnages complets. Il relate ainsi des expériences menées par Richet et Geley et plus tard par Klosti. "On a préparé une paraffine liquide à la température de 43°. Les mains ectoplasmiques sont amenées à plonger dans la cuve de paraffine et en sortent gainées de cette substance solidifiée." Après avoir coulé du plâtre dans ce moule, on obtient une empreinte. "Ces moulages de mains -et aussi de pieds- sont actuellement les pièces à conviction les plus troublantes qui aient été données comme preuves de l'existence réelle de l'ectoplasme (...)"
 
En 1898, l'auteur a fait une expérience qu'il narre. A la lueur d'une bougie, il posa les mains sur un guéridon en compagnie d'une connaissance qui s'ennuyait. L'idée était de communiquer avec l'esprit d'Henri IV. Bientôt le guéridon allait tournoyer et la flamme s'éteindre à plusieurs reprises. Il allait renouveler l'expérience en braquant sur le guéridon un appareil photo et à leur grande surprise, le cliché révéla une silhouette qui faisait furieusement songer à Henri IV.

La question demeure ouverte. "Les quelques cerveaux scientifiques peu nombreux qui ont pris la responsabilité de fonder des études métapsychiques sur ce terrain sont des héros ou des téméraires", écrit-il en guise de conclusion. "On ne saurait prévoir ce qu'une étude sérieuse retiendra définitivement de ces phénomènes présentement mystérieux qui sont des phénomènes psychiques et qui sont certainement, pour autant qu'ils existent, susceptibles d'une explication naturelle." Le temps a passé. Aujourd'hui, on en parle de façon anecdotique, essentiellement pour évoquer les escroqueries. Mais le merveilleux paraît s'être évaporé. On ne voit plus de fantômes ni d'extraterrestres, de nos jours. Faut-il s'en féliciter ou le regretter ?

mercredi 23 novembre 2016

BD de 1901 : L'heure du train (2)

Deuxième fournée de planches extraites du Petit Français Illustré de 1901, la bande dessinée de Caran d'Ache.


 

mardi 22 novembre 2016

BD de 1901 : L'heure du train (1)

Périodique français créé en 1889, "Le Petit Français Illustré" (Journal des écoliers et des écolières) est gratuitement consultable en ligne dans Gallica, la bibliothèque numérique de la Bibliothèque nationale de France. Il arrive qu'on en déniche encore certains exemplaires dans l'une ou l'autre librairie spécialisée en vieux papiers. C'était mon jour de chance puisque j'ai mis la main sur un album relié datant de 1901/1902. Dans celui-ci, figurait toujours un feuillet d'une distribution des prix d'une école primaire communale bruxelloise.  L'élève méritant avait obtenu en juillet 1909, le prix général que constituait cet album.

Si les phylactères n'existent pas encore, les bandes dessinées sont déjà bien là. Et celle-ci, signée Caran d'Ache, met en scène un homme qui s'apprête à prendre le train. Et vous remarquerez que rien ne change vraiment et que l'horaire des trains alimentait déjà les débats. Les trois premières planches, aujourd'hui.



 


jeudi 10 novembre 2016

Souvenirs en relief avec View Master

C'était au temps où les casques de réalité virtuelle s'appelaient "View Master" ou presque. C'est dire si c'est une époque lointaine. Rien à voir bien entendu mais l'illusion de la 3D y était pour la gamine que j'étais dans les années 60. J'avais vraisemblablement reçu l'objet à l'occasion d'une Saint-Nicolas. J'étais férue de feuilletons télévisés et je regardais Flipper le dauphin, Daktari, Poly, Zorro, Rin-Tin-Tin, Bonanza, des dessins animés de Walt Disney, de Hanna-Barbera ou des Looney Tunes,... 

 Mon rêve était de m'immerger dans l'univers de ces séries. Un jouet allait dorénavant me donner le coup de pouce en relief. Version plus pratique et plus moderne du stéréoscope, la visionneuse de View Master est, dans un premier temps, destinée à un public adulte qui désire garder un souvenir des endroits visités (Disneyland ou Expo 58). Dès 1966, View Master s'adresse à un plus large public, dont les enfants. Le catalogue des disques s'étoffe, comme la société s'intéresse aux sorties ciné et télé.

Je me souviens de ces vues qui mettaient en scène mes films et mes émissions télé favorites. Je possédais une série de disques comme Flipper et Daktari, des films Disney : "Le livre de la jungle", "L'apprentie sorcière" ou "Merlin l'enchanteur"

J'ai retrouvé une ancienne publicité pour la marque, datant de 1965. En réalité, il existait toute une panoplie de produits comme des projecteurs, une caméra permettant la prise de vues stéréoscopiques et un appareil pour découper les prises de vues mais aussi la possibilité de créer ses propres disques. 

Si j'ai retrouvé Flipper en brocante, j'ai malheureusement perdu l'appareil et l'ensemble de ma collection de disques mais les souvenirs demeurent, perpétuellement imprimés en relief dans ma mémoire.

vendredi 28 octobre 2016

Du jeu de société à la société du jeu

Dans les années 70, le jeu de société avait la place d'honneur au sein de la famille et on se passionnait pour le Monopoly, le jeu de l'oie, les petits chevaux, Prof a dit ou Pièges

Prof a dit: le jeu est constitué de deux parties et on pouvait y jouer à 2, 3 ou 4. Il fallait d'abord placer la tête de Prof sur son buste en appuyant fermement. Chaque joueur était représenté par une tortue, la rouge s'appelait Jojo, la verte, Lulu, la bleue, Dédé et la jaune Nini. Le plateau était en relief et comportait un tourniquet qui faisait office de dé (on avançait de 1, 2, 3 ou 4 cases. Le but du jeu était d'amener, le premier, une tortue de la case "départ" à la case "bravo". Il y avait des raccourcis tout au long du parcours mais c'est Prof qui accordait la permission de les prendre ou pas. En dodelinant de la tête positivement ou négativement. 

Pièges: les joueurs peuvent être entre 2 et 4. Et il n'y a pas plus simple comme jeu. Le plateau est composé de glissières disposées en quadrillage. Chaque joueur prend cinq billes d'une même couleur (bleu, rouge, noir ou vert) et les place au hasard sur le plateau. L'objectif est de faire basculer les billes de l'adversaire dans l'un des 49 trappes ouvertes en actionnant des tirettes. Pour remporter la partie, il suffit de faire tomber les cinq billes de l'adversaire.

Si l'ordinateur et les consoles de jeux ont quelque peu changé la donne, le jeu de société a encore son mot à dire parce que comme le livre vs l'e-book, la boîte de jeux présente des atouts majeurs: elle fait intervenir le sens du toucher et le jeu se déroule dans la réalité. De plus, comme son nom l'indique, le jeu de société peut être comparé, pour le plus jeune, à un rite de socialisation. Aujourd'hui, le jeu n'a jamais eu une telle puissance dans la société mais les règles ont changé. On joue sur nos smartphones, en bourse, sur le terrain de foot, un rôle, au lot(t)o, aux courses, on se la joue sur les réseaux sociaux parfois... mais on gagne rarement du temps. Mais ça, c'est une autre histoire.


vendredi 14 octobre 2016

Du rouge sur mon cahier bleu marine

A l'époque, je ne songeais qu'à me débarrasser de ces vieux cahiers encombrants qui s'entassaient dans des caisses gondolées par l'humidité de la cave. Mais on racontait qu'il fallait absolument tout garder sous peine d'être sanctionné par l'inspection générale. Après des dizaines d'années, ça m'a drôlement fait plaisir d'exhumer ces cahiers jaunis parce que j'avais la sensation, en tournant les pages, de revoir une petite fille que j'avais oubliée. Parce que le papier à lignes portait la mémoire du parfum de l'encre et de la gomme, l'écho des feuilles d'automne qui craquaient sous mes pieds.

J'ai parcouru avec curiosité les pages de mon carnet de vocabulaire de 4e année recouvert d'un papier bleu marine avec l'étiquette cernée de lignes rouges, soigneusement collée à la gomme arabique. Et je me suis arrêtée à la page datée du 3 juin 1970. J'ai miraculeusement préservé quelques souvenirs de cette année-là et je ne sais pourquoi je me souviens encore du visage de mon institutrice. Surtout de ses cheveux coupés court sur le devant et qui couraient en boucles sur la nuque. Un peu comme Paul McCartney dans ces années-là. Cela devait s'appeler la coupe mulet.

J'avais 9 ans et je me souviens parfaitement de cet épisode. L'institutrice avait demandé que nous rédigions une rédaction fouillée sur notre sportif favori. Oui mais voilà, je n'avais pas bien compris le concept d'une rédaction et je ne m'intéressais nullement au sport. Et encore moins aux sportifs. En manque d'inspiration, j'avais tout bonnement bâclé le sujet. Je séchais sur le sportif que j'allais choisir et je me rappelle qu'à l'époque, on parlait souvent de Jacky Ickx que je trouvais plutôt mignon. Mon choix s'était donc exclusivement porté sur son minois, pas sur ses prouesses sportives. J'avais complètement zappé (sic : je me permets un anachronisme) la présentation du personnage et je ne pouvais décemment pas écrire que je l'avais sélectionné, juste parce qu'il était beau. J'avais juste entendu qu'il avait eu un spectaculaire accident en 1970, sur le circuit de Jarama en Espagne. J'avais vraisemblablement trouvé qu'il avait été courageux de poursuivre car à cet âge-là, je redoutais les accidents de voitures et je détestais voir la moindre goutte de sang.

Sur ce cahier, je retrouve avec gourmandise les souvenirs effacés de ma mémoire, au gré de rédactions malhabiles. Une marraine qui rend une visite impromptue à la maison, alors que nous avions prévu d'aller à la mer. La plantation d'oignons de jacinthes apportés par Anne et Dominique. La découverte d'un petit oiseau tombé du nid et mes efforts pour le nourrir et retrouver sa mère. Des bribes de souvenirs sans importance et pourtant tellement importants du haut de mes trois pommes.

vendredi 30 septembre 2016

Flamands et Wallons, une bisbrouille qui ne date pas d'hier

Les tensions entre Flamands et Wallons en Belgique ne datent certes pas d'hier. Et l'origine remonte à 1863, année durant laquelle le député Jan Frans Willems s'interroge sur le fait que la seule langue officielle reconnue en Belgique soit le français. C'est en lisant le numéro du 25 août 1906 d'"A Travers le Monde", une publication parisienne éditée par Hachette, que je suis tombée sur cet article interpellant sous le titre : "La Langue Flamande est-elle boycottée en Belgique?". Jan Frans Willem appelait à revoir la loi et demandait alors que le flamand soit admise comme langue nationale au même titre que le français. Cette revendication fut suivie par toute une série de personnalités du Nord du pays. En 1898, le flamand fit son entrée dans les assemblées parlementaires, sur les timbres-poste et fut enseigné dans les écoles.

Oui mais voilà, plusieurs années plus tard, les choses n'avancent pas réellement et les Flamands ont le sentiment d'avoir été floués. Voici ce qu'on pouvait lire dans "A Travers Le Monde" au sujet des Flamands : "Les lois qu'ils réclamaient pour proclamer l'égalité des deux idiomes se font attendre; dans les tribunaux, les juges ne veulent se servir que du français, n'entendre que le français; tous les postes importants sont entre les mains de magistrats ne parlant que le français. Essayez, disent-ils, dans les bureaux de poste, dans les omnibus, dans les chemins de fer de vous servir du flamand : les fonctionnaires vous riront au nez. Dans les écoles, dans les casernes, le flamand est systématiquement proscrit, au mépris de la loi. Les recrues flamandes sont envoyées en pays wallon, où on les force à parler français."

Le rédacteur de l'article relaye les protestations qui se font entendre dans les grandes villes flamandes comme Anvers ou Gand (où l'on pointe du doigt la création d'une université française). Il conclut ainsi : "Quant à nous, qui ne formons point le voeu, au contraire, de voir disparaître la langue qu'a illustrée le talent de Henri Conscience, nous sommes sans crainte sur les destinées du génie flamand : il a donné trop de signes de vitalité depuis un demi-siècle pour être enterré purement et simplement par un boycottage administratif." Cent dix ans plus tard, le malaise entre francophones et néerlandophones est toujours palpable, du moins dans les sphères politiques. Certains, plus éclairés, pensent qu'il vaut mieux ne pas prendre tout ça au sérieux... Bert Kruismans, c'est par ici.

mercredi 21 septembre 2016

Quand l'Afrique était le pays du tam-tam

Nous sommes à la fin de la seconde guerre mondiale. L'Europe est blanche et l'Afrique est dépecée, chaque puissance européenne s'arrachant sa part de territoire. Et pendant ce temps, dans les années 50, les enfants lisent de beaux livres colorés qui dépeignent une image paternaliste et naïve des petits Africains. 

Illustrations de Mariapia
(Editions Piccoli)
Texte: F. Weyergans
Aquarelles: S. Baudoin
(Casterman - Collection Farandole)
Récemment, j'ai mis la main sur deux livres pour enfants qui sont témoins d'une période simplette, quand l'Afrique était le pays du tam-tam et les enfants africains étaient de sacrés débrouillards. C'est un exotisme à deux sous avec un racisme latent mais cela représente bien la pensée de l'époque. L'Africain est infantilisé, il est infériorisé mais toujours de manière redoutablement subtile. Et jamais l'Afrique n'y est mentionnée. Comme si elle n'existait pas. 

Dans "Au Pays du Tam-Tam" (1949), "Aloma et Ali, deux beaux petits nègres aux cheveux tout noirs et bouclés, et aux dents éclatantes de blancheur, passent leurs journées presque complètement nus." Et il ne s'agit que de la première phrase... Presque complètement nus? Presque, ce n'est pas et complètement, c'est intégralement. Et nu ne devait pas être très compatible avec la civilisation.

Les deux enfants africains sont potelés comme les bébés de Béatrice Mallet. Leurs activités se résument à s'adonner à la cueillette des bananes, à chasser le méchant crocodile et à faire la danse de la victoire jusqu'au bout de la nuit. Parce qu'un crocodile capturé, "cela veut dire beaucoup de richesse, car les hommes blancs en achèteront la peau et s'en serviront ensuite pour faire des ceintures, des sacs, des chaussures."

"Trois petits Noirs débrouillards" (1954) se présente comme un conte et évite habilement les clichés de l'époque. L'histoire est neutre et peut facilement s'adapter à d'autres ethnies. Le trait est souple et élégant, restituant un dessin plaisant. 

Un homme, porteur d'eau a trois fils auxquels il confie une mission: rapporter le plus bel objet qu'ils puissent trouver. La récompense est d'offrir au meilleur son outil de travail, une superbe jarre décorée. L'un capture un perroquet savant, le deuxième tue un crocodile pour en faire une parure et le troisième recueille du lait de coco et confectionne des colliers, des bracelets et une ceinture avec les noix. A leur retour, ils ne veulent plus échanger leurs créations contre la jarre mais le père leur propose de promotionner son travail par l'apport de leurs oeuvres. Comme le père n'a jamais autant vendu d'eau, il peut désormais acheter une jarre pour chacun de ses fils.

Si la littérature enfantine de l'époque colonialiste peut sembler légère et globalement inoffensive, elle n'est certainement pas innocente et sert avant tout une idéologie : celle d'une civilisation blanche qui se croit au secours d'une Afrique candide et ignorante.

dimanche 4 septembre 2016

Coup de coeur pour "The Wonder Years"

Retour d'âge, sans doute mais j'ai parfois une envie pressante de revoir certaines vieilles séries bourrées de bons sentiments. Et s'il est une série qui me regonflait et me faisait croire au pouvoir de la gentillesse pure, c'était bien "The Wonder Years" ou "Les années coup de coeur", telle qu'elle fut connue sous nos latitudes. 

Cette série décrit avec intelligence et générosité les années flower power. Diffusé entre 1988 et 1993, ce feuilleton américain égrène les souvenirs d'adolescence du narrateur, vingt ans plus tôt. C'est un petit bijou malheureusement passé un peu inaperçu en France et en Belgique. 

Et comme si cela n'était pas suffisant, la série est longtemps demeurée inédite sur support VHS ou DVD. Il y avait bien eu une cassette rassemblant quelques épisodes, sortie Outre-Atlantique mais la sortie en DVD des six saisons a longtemps été compromise pour des questions de droit sur la musique. À l'époque, on n'en était pas encore au DVD et les séries étaient rarement diffusées en VHS. Les droits sur la musique qui baignait le fond sonore de la série (c'est l'une des bandes sonores les plus brillantes), étaient uniquement valables pour la diffusion sur petit écran. Pour permettre la sortie digitale, il fallait donc se fendre d'une somme affolante pour acquitter les droits (plus de 300 titres d'une centaine d'artistes différents pour les 115 épisodes!). 

Suite aux demandes insistantes des nombreux aficionados, un box DVD est désormais disponible et on peut également regarder la série en streaming. Quant à la bande-son, elle a été modifiée pour contourner les droits musicaux. Ainsi en lieu et place de "Light my fire" des Doors ou de "Foxy Lady" de Jimi Hendrix, des compositions génériques vaguement similaires tapissent le soundtrack. 


Le générique était une bombe à lui tout seul, supporté par la voix graveleuse de Joe Cocker qui interprétait "With A Little Help From My Friends" des Beatles. Le narrateur était donc Kevin Arnold (Fred Savage) qui raconte sa jeunesse dans les années 60 et 70. On y découvre sa famille (son frère Wayne - Jason Hervey, sa soeur Karen - Olivia d'Abo, sa mère Norma - Alley Mills et son père Jack - Dan Lauria), son meilleur ami Paul Pfeiffer (Josh Saviano), et sa meilleure amie Winnie Cooper (Danica McKeller). Et on y retrouve surtout l'atmosphère bon enfant et la vie sociale turbulente de l'époque hippie.

Anecdote amusante au sujet de cette série: le show est d'abord centré sur la relation entre Kevin et Winnie. Le personnage de Winnie est cependant absent pendant une bonne partie de la série. La raison, c'est que l'actrice qui incarne Winnie à l'écran, a grandi plus vite que Fred Savage. La différence de taille était trop importante et le couple avait des allures ridicules. Il a donc fallu attendre que Fred Savage la rattrape pour les revoir ensemble...

dimanche 7 août 2016

TGV malgré lui en 1900!

Le monorail à suspension de Romanov - Juin 1900 (Wikipedia)
En feuilletant l'année 1900 des suppléments de "La Mode Illustrée", je suis tombée sur les "causeries scientifiques" de Fulbert Dumonteil, écrivain et choniqueur gastronomique dans diverses revues. Quelqu'un d'à priori sérieux et pourtant, l'homme se permet certaines approximations quand il écrit dans ce supplément réservé à la famille et à la femme, plus précisément. En réalité, ses articles relèvent davantage de la causerie que de la science... L'homme est avant tout un écrivain, doté d'une imagination foisonnante et d'un certain sens de l'originalité. Editorialiste ou chroniqueur, Fulbert Dumonteil n'est pas vraiment journaliste au sens il tord (sans doute involontairement) la réalité des faits. Ou il est vraiment très mauvais en math!

Marseilles - Paris en moins de 4 heures, en 1900?

Ippolit Romanov (http://www.skyscrapercity.com/showthread.php?p=112594278)

"Et de tous les pays, il nous arrive de nouveaux systèmes de locomotion fantastique accaparant l'espace et supprimant le temps, si bien qu'au lieu de partir, on arrive, on est arrivé." Le rédacteur fait ensuite mention d'une expérience menée en Russie, en présence de l'impératrice Maria Feodorovna. Un "nouveau système de chemin électrique à suspension" conçu par deux ingénieurs russes (Romanoff et Popoff) était à l'essai. Les déraillements deviennent dès lors impossibles, pointe l'auteur, et cette technologie permet d'atteindre les "200 verstes à l'heure". Le verste est une ancienne mesure de longueur qui d'usage en Russie. C'était l'équivalent de 1.066,8 mètres. 200 vestres à l'heure, c'est donc 213,36 km/heure! Fulbert Dumonteil calcule par conséquent que ce procédé permettrait de relier Marseilles à Paris en moins de 4 heures! 

Ce qui est inouï, étant donné que c'est le temps qu'il faut actuellement pour couvrir cette distance (3 heures et demie). L'opération relève donc de la science-fiction, à l'époque. Et cependant, pendant ce temps, le Belge Camille Jenatzy a déjà dépassé les 100 km/h avec un véhicule électrique en forme d'obus. La Jamais Contente est née et elle est le véhicule électrique terrestre le plus rapide, en 1899. Songer qu'un monorail puisse doubler la vitesse sur l'apparente frêle structure immortalisée par une photographie d'époque, frôle le grotesque. 

Juillet 1900 à Gatchina (http://www.skyscrapercity.com)
J'ai mis le doigt sur une étude accessible dans son intégralité en PDF, "Les Chemins de Fer Monorails" de Pierre Oehrli, publiée en 2013 par Le Rail Lausanne. Les explications sont ici beaucoup plus claires. A la requête de l'impératrice Maria Fedorovna, Ippolit Romanov fabrique un monorail à Gatchina, sur un circuit de 200 mètres. Un prototype avait déjà été réalisé en 1897, un modèle avait, en effet, été présenté devant la Société Technologique de Russie. En 1900, les premiers passagers grimpent dans l'engin qui circule à l'étourdissante vitesse de... 15km/h. Oui, vous avez bien lu: 15 km/h! A épingler tout de même que Wikipedia fait mention de cette expérience aussi mais que les détails sont un peu différents. Le monorail aurait été testé le 25 juin 1900, à 15 km/h mais ne pouvait embarquer qu'un poids de 25 kilos. Or, les photos prouvent que plusieurs hommes ont pris place dans la cabine...

jeudi 21 juillet 2016

La géographie sur les bancs des années 30

La géographie des années 30 n'a évidemment plus rien à voir avec l'enseignement de cette matière aujourd'hui. Accessoire de nos jours, elle était vraisemblablement essentielle dans le passé. D'autant que  la Belgique incluait le Congo et à la production de houille dans nos charbonnages, on ajoutait celle de pétrole dans la région de Bakou. Les belles images et les textes dégoulinant d'un paternalisme niais nous transportent à une époque où le chauvinisme semblait de bon aloi.

Le monde paraissait presque limité à notre seul pays qui regorgeait de richesses naturelles et industrielles. Venait ensuite l'étude de l'Europe et les autres continents étaient rapidement brossés.

Un chapitre consacré au Congo montre les reliefs d'un pays propre, d'un peuple lisse et soumis. Les écoliers congolais sont paisiblement assis dans une classe aux murs blancs décorés d'un tableau noir et d'une horloge qui indique onze moins dix. Pas un seul ne sourit. Une autre illustration met en scène des écolières dans un établissement improvisé en pleine brousse, sous un toit de palmes. Légende : "Deux écoles indigènes. L'une, en plein air, est dirigé par une religieuse qui apprend à des jeunes filles noires l'art de la broderie. L'autre, sous toit, est dirigé par un missionnaire qui enseigne à de jeunes garçons noirs les rudiments de la science."

On prend conscience des bonds qu'ont tout de même effectués les mentalités lorsqu'on lit certaines passages du manuel scolaire. Sur le chapitre concernant l'Europe : "La plupart des habitants de l'Europe appartiennent à la variété blanche. (...) Environ 15 millions d'Européens appartiennent à la variété jaune." Et on divise ensuite les variétés en groupes ethniques. Ce qui fatalement conduit à la scission de notre pays. "Les groupes ethniques européens sont : 1° le groupe latin (135 millions) qui comprend entre autres les Belges wallons - 2° le groupe germain (150 millions) qui inclut notamment les Belges flamands." Il y a pire quand on aborde le chapitre sur l'Afrique. "Les variétés humaines les plus importantes de l'Afrique sont les variétés berbère, sémite et nègre."

Mais qu'est-ce qui poussait jadis les hommes à en classer d'autres? En quoi cela avait-il une quelconque importance? A moins qu'il ne s'agissait de servir les intérêts d'une "race" se proclamant supérieure et donc habilitée à asservir d'autres humains. A noter que les années 30 entachées par l'Allemagne hitlérienne, étaient vraisemblablement propices au développement d'idées extrémistes et racistes.

Autres temps. Autres moeurs. ©

jeudi 16 juin 2016

Lâche-moi les slaches, c'est reparti comme en 40!

Nous sommes en 1940. La guerre ne fait que commencer. Les temps sont durs mais Bruxelles garde la zwanze (en bruxellois, ça fait référence à l'esprit de Bruxelles, à son humour particulier). L'humoriste Marcel Antoine publie l'almanach de Slache, une petite perle d'humour caustique, retrouvée dans le grenier de ma grand-mère qui fut, elle aussi, une Brusseless bon teint. Une slache, c'est une sandale, une pantoufle usée.

En réalité, l'almanach en question n'a rien d'un almanach classique. Gouailleur, l'auteur signe une savoureuse préface en forme de question sur l'utilité de cet almanach qui n'en est pas réellement un. "Ceci évidemment ne vous dit toujours pas pourquoi j'ai fait cet almanach... Ma foi, n'approfondissons pas... (Glissez, mortels... comme disait Lancret). Faites-moi la grâce de lire ce petit bouquin jusqu'au bout et vous finirez peut-être par vous dire que je n'ai pas eu tort de le publier." Tout-à-fait. 
 
Comme tout bon almanach qui se respecte, celui de Slache comprend des prévisions astrologiques mais pas exactement comme les autres. "J'en conclus qu'en raison des lunaisons bénéfiques et maléfiques conjuguées lors de l'entrée du Soleil dans le Cancer en passant par l'escalier de service, l'année 1940 commencera par le mois de Janvier, comme les précédentes. Mais contrairement à celles-ci, elle sera rigoureusement bissextile." Durant l'été, le Fakir KAN-PY-HON annonce qu'une guerre sera possible. "Bruits de bottes en Septembre. Les belligérants déclenchant de part et d'autre de violentes attaques opéreront une retraite stratégique sur des positions préparées à l'avance. Les enfants nés entre le 12 et le 18 septembre auront de la chance à la belote. Ceux qui naîtront à la fin du même mois auront les pieds plats." Conclusion: il vaut mieux se munir du talisman de l'année, à savoir "un billet de première classe aller pour Miami (Floride). A défaut: un masque à gaz et douze cartes de ravitaillement."

Emaillé de caricatures, l'almanach laisse la part belle au bon mot et dégoupille sans cesse la grenade de l'humour et de l'autodérision. Témoin cette page de petites annonces. "Défendons-nous passivement", titre... Max Agaz qui livre à ses lecteurs la marche à suivre dans l'hypothèse où nous serions en guerre. "Si vous n'avez pas d'enfants... Un bon conseil: n'en faites pas!" L'administration bruxelloise fournit des sacs de sable. Pourquoi? "C'est très gentil, et tous ceux qui possèdent un chat dans leur appartement apprécieront  ce geste délicat. Evidemment, ce n'est pas là la véritable destination de ce sable. Celui-ci ne peut être utilisé que contre les bombes. Il s'agit donc de le répandre dans le grenier, aux endroits exacts où le projectile soit susceptible d'atterrir. En attendant, libre à vous d'y semer du gazon, des petits pois ou des fraises, mais je ne vous garantis pas l'éclosion parfaite de ces divers légumes." Il faudra aussi songer à aménager un abri dans une cave voûtée ou  à défaut, se retrousser les manches et creuser une tranchée dans le jardin. Une idée de génie est suggérée en fin: "Vous faites fabriquer un miroir assez grand pour recouvrir votre maison. Vous placez cette glace sur le toit de votre immeuble. L'aviateur belligérant qui se dispose à cracher ses obus cherche l'endroit possible. Il se penche et aperçoit, dans le miroir, l'image de son propre appareil. Comme il y reconnaît immédiatement un avion compatriote, il se garde bien de lui envoyer des pruneaux et... il va faire ça plus loin!"
Même les pubs sont de petits joyaux d'humour
 

vendredi 10 juin 2016

Karen Carpenter donne de la voix à l'anorexie

CD de ma collection personnelle
Adolescente, j'affectionnais les voix masculines prépubères, les groupes emmenés par des frères comme les Osmond, les Jackson ou les Bee Gees, et aussi Claude François. En 1973, Cloclo avait d'ailleurs livré sa reprise de "Yesterday Once More" de Karen et Richard Carpenter, avec "Sha La La (Hier est près de moi)" mais même si l'interprète de "Belles, Belles, Belles" a bercé toute mon enfance, la version originale ne peut souffrir aucune comparaison pour la simple et bonne raison qu'elle est parfaite.  Karen Carpenter est l'une des rares voix féminines, avec Ella Fitzgerald et Sade, qui me fait fondre. 

Il y peu, en chinant dans une boutique de seconde main, j'ai mis la main sur cette pépite plutôt rare puisqu'il s'agit du premier live des Carpenter, diffusé uniquement sur le marché japonais. En réalité, les Carpenter n'ont jamais sorti d'albums live aux USA. Une seconde prestation en public a cependant été pressée en 1976, au Royaume-Uni: "Live At The Palladium". Bien que datant de 1974, le son (digitalement restauré) est d'une pureté cristalline et comme on est au Japon, le public est très respectueux et écoute religieusement jusqu'à la fin des morceaux avant d'applaudir très sagement. De sa voix limpide de contralto, Karen décline sans faille les titres-phares du duo, "Sing", "Close To You", "We've Only Just Begun",... Elle a 24 ans et commence à être tourmentée par son apparence physique. A l'époque, c'est la première fois que j'entends parler de l'anorexie mentale.

Image provenant du site officiel des Carpenter
Quand le duo est mis sur pied, Karen chante derrière sa batterie (elle est batteuse depuis l'âge de 14 ans) mais comme elle ne mesure qu'un mètre 63, le public ne la voit pas et elle finit par occuper le devant de la scène. La suavité de son timbre, la justesse et la grâce de sa voix captent toute une génération avide de douceur. Richard, son frère est derrière le piano et les projecteurs sont braqués sur Karen dont les tourments se marquent dans la chair, dès le milieu des années 70. Sa vie privée est douloureuse et peu à peu, Karen s'enfonce dans la dépression. Avant sa maladie, elle pèse 75 kg mais à l'automne 1975, elle ne pèse plus que 45 kg! A cette époque, les Carpenter enregistrent leur 6e album studio "Horizon". De plus en plus faible, Karen passe le plus clair de son temps à dormir, entre 14 et 16 heures par jour, selon la biographie de Randy Schmidt, "Little Girl Blue: The Life Of Karen Carpenter"

Les Carpenter enchaîneront des concerts jusqu'en 1978. Ils enregistreront encore des albums avant le décès de Karen qui n'atteindra jamais ses 33 ans. En avril 1982, Karen enregistre son dernier titre, "Now".  
"Now, Now when it rains I don't feel cold
Now that I have your hand to hold"
 
("Maintenant, quand il pleut, je n'ai plus froid - Maintenant que je tiens ta main"). Malgré une prise en charge thérapeutique, la santé de Karen se détériore. Et pourtant, elle reprend 15 kg en huit semaines mais son coeur a peine à supporter le changement. Fin de l'année 1982, elle met un terme à son mariage de 14 mois et livre son dernier concert dans une école californienne. Le 11 janvier 1983, elle se livre à une séance photos à l'occasion d'un hommage pour les 25e Grammy Awards. Ce sera sa dernière apparition publique. Le 4 février 1983, Karen est emportée par une défaillance cardiaque. Une voix s'éteint, une légende est née. Et dorénavant, on allait mieux connaître l'anorexie mentale.

samedi 14 mai 2016

Des enfants sages comme des chromos!

Bel objet que cet album publié par la S.A. Cacao & Chocolat KWATTA de Bois d'Haine (Belgique). Garni d'un premier plat en relie doré représentant une tête de tigre aux yeux émeraude, "Zoologie" comprend 200 chromos d'animaux. 

Le livre ne comporte pas de mention de date mais certaines sources indiquent qu'il pourrait dater des années 1930. L'entreprise chocolatière avait des visées nettement didactiques à l'époque, comme on le souligne en préface: "Or, il est évident que les manuels classiques d'Histoire Naturelle ne peuvent forcément donner qu'un nombre très restreint de reproductions d'animaux. De plus, la couleur fait généralement défaut. La présente collection comblera cette lacune."

La joie de vivre grâce au cacao KWATTA


L'histoire de la chocolaterie Kwatta commence à Breda (Pays-Bas) en 1883. Elle est le fruit de l'association d'un propriétaire de plantations, Jozef-Gustaaf Van Emden et d'une famille de pâtissiers confiseurs, les De Bondt. Cédée en 1889 aux frères Stokvis, la société installe une succursale à Bois d'Haine en Belgique. 

L'originalité de la marque est de produire, dès 1907, un bâton de chocolat sous emballage qui pèse entre 30 et 45 grammes. Auparavant, le chocolat était écoulé en morceaux. Durant la Première Guerre Mondiale, l'usine bois d'hainoise est restructurée et prend de l'ampleur. Dès la fin des hostilités, la firme se voit rénovée. Et les affaires marchent du tonnerre. En 1927, l'industrie chocolatière compte une cinquantaine d'usines en Belgique et la firme Kwatta de Bois d'Haine possède sept entrepôts sur le sol belge. L'usine produit jusqu'à 18.000 kilos de chocolat quotidiennement. Déjà à l'époque, la marque s'intéresse aux plus jeunes en proposant des matinées enfantines

Malheureusement, c'est dans le sillage de reprises et de restructurations que le glas sonnera, en 1974, pour l'unité de Bois d'Haine.

L'expression "être sage comme une image" n'aura jamais porté autant de signification qu'avec l'apparition des chromos. Encore aujourd'hui, il existe de nombreux collectionneurs prêts à mettre le prix pour obtenir l'album convoité. 

A l'époque, les marques avaient déjà bien compris l'intérêt publicitaire d'une telle démarche. Le marketing n'est pas né d'hier. Dès les années 1850, les marques ont proposé avec leurs produits, ces petites images colorées à coller dans de beaux livres. Et pour les obtenir, il fallait acheter ces produits. L'ère de la consommation moderne avait sonné.

Cette collection comprenait image et description des animaux répartis selon leurs ordres, classes et embranchements. Résolument pédagogique, l'album avait des allures de manuel scolaire mais en bien plus ludique et surtout il faisait la part belle aux couleurs. La publicité de l'époque était des plus simples: "Petits amis. Ce magnifique album, cette zoologie de grand luxe, c'est pour vous. Dégustez les fameuses nouveautés KWATTA BICA . FOURRE OR . FOURRE RHUM et vous pourrez être fier de votre nouvelle collection, la plus belle qui soit."