mercredi 18 avril 2018

Christiaensen, le catalogue 1963/1964

Catalogue épinglé dans le n° 40 de l'album "Line mon amie", ce document est intéressant à plus d'un titre. Premièrement, il nous informe sur les intérêts des enfants des années 60. Et tout d'abord, sur le clivage des genres qui est bien marqué à l'époque. Les petites filles deviendront des mères et le rôle fondamental du jouet semble être d'activer cette fibre maternelle. La petite fille des années 60 rêve de devenir infirmière pour s'occuper des bébés. Et pour "faire comme maman", on peut lui offrir une mini planche à repasser, une cuisinière électrique avec un four chauffant (!) ou un aspirateur qui s'éclaire. Les jeux des garçons demeurent aussi traditionnels : les voitures ou les trains miniatures, les costumes de cow-boy, d'indien ou de militaire, la boîte de Lego très minimaliste par rapport à ce que nous connaissons aujourd'hui (remarquez les couleurs : rouge, bleu et blanc).

Le jeu très populaire dans ces années-là, c'est l'Electro. Il s'agissait d'un jeu électronique (attention, on en est aux balbutiements bien entendu) composé de plaquettes illustrés avec des questions à choix multiples. Deux stylets sont fournis et l'enfant doit faire correspondre la question avec la bonne réponse pour que s'illumine une loupiote. La boîte propose 216 questions avec un supplément de 240 questions. Le jeu se décline en deux versions, dont une à l'intention des 3 à 6 ans qui ne peuvent pas encore lire. J'adorais ce jeu et les jours de pluie, j'y consacrais des heures. Commercialisé en 1948, le Scrabble est très prisé aussi, c'est le "jeu de mots croisés qui fait fureur en Amérique"

Autre intérêt de ce catalogue : il nous donne de précieuses informations sur les prix. Selon le site fxtop,  100 francs belges en 1962 sont l'équivalent de 723,74 francs belges actuellement, soit 2,08 € en 1962 = 20,39 € en 2017. Ainsi, une guitare en bois coûte 120 FB, soit 2,49 € et un accordéon, entre 199 FB (4,14 €) et 499 FB (10,38 €). Songez que la plus chère des locomotives Märklin, la Diesel V 60 - DB vaut 675 FB, 14,04 €. Une Ferrari de course en fibre de verre incassable vaut tout de même la bagatelle de 2.595 FB, lisez : 53,97 €. Il faut savoir que le salaire moyen en Belgique en 1962 était de 1.108 € par an ! Et pour finir ce petit tour dans les jouets des années 60, les boîtes universelles de Lego coûtaient entre 55 FB et 1.305 FB, soit entre 1,15 € et 27,14 €. À l'heure actuelle, le Guide du Parent galactique a écrit un article intéressant sur le coût d'une pièce de Lego. Le site en arrive à la conclusion qu'une pièce de Lego vaut en moyenne 8,8 centimes. Et le salaire moyen belge oscille autour des 35.000 €.

 
 
 
 

mercredi 11 avril 2018

Christiaensen, le grand magasin de jouets pour les petits d'hier

Avant Maxi Toys ou La Grande Récré ou Jouets Broze, il y avait Christiaensen, un grand magasin de jouets qui comptait une trentaine de succursales en Belgique. Il s'agissait d'ailleurs du seul magasin de jouets de cette taille, quand j'étais gamine. 

Je me souviens plus particulièrement de la boutique qui était située à la rue du Marché-aux-Herbes à Bruxelles. Le magasin était logé au numéro 36 de la rue, derrière une superbe façade de 1697. Selon Eric Timmermans, dans son blog Bruxelles anecdotique, le bâtiment abritait, au XIXe siècle, un commerce qui s'appelait "A la Ville de Bruxelles" et qui vendait des gilets, de la flanelle, des caleçons, des chaussons...

Dans les années 60 et 70, c'est chez Christiaensen que j'allais avec ma grand-mère pour acheter une poupée, une balle magique (ou une super balle) fluo, une corde à sauter ou un jokari. La chaîne a été créée en 1917. En 1982, la chaîne est englobée dans le groupe GIB : Grand Bazar - Innovation - Bon Marché disparu en 2002. En 2004, Christiaensen est repris par les Hollandais de Blokker qui possédaient déjà les enseignes Bart Smit et Maxi Toys. Mais en 2005, absorbés par les autres marques, les Christiaensen ont fini par disparaître, un à un. Il faut croire que les temps avaient changé.

Dans le recueil n°40 de "Line mon amie", j'ai eu le bonheur de trouver agrafé en son centre, un catalogue de Christiaensen datant des années 1963/64. Cela fleure bon la nostalgie et chatouillera la mémoire des enfants d'antan ainsi que la curiosité de celles et ceux qui n'ont pas connu.         
(à suivre)
 

 
 
 



mercredi 28 mars 2018

La télé des tout-petits : 45 tours et puis s'en vont...

Nounours, le rite du coucher
Je suis de la génération "Nounours", "Zorro" et "Thierry la Fronde". Cela me situe. Passons.  Si ces feuilletons télévisés ont généré des beaux livres d'images, des bandes dessinées, des magazines et de nombreux objets dérivés, ces séries ont aussi donné lieu à une kyrielle de disques, dont une impressionnante collection de 45 tours. J'en ai retrouvé quelques-uns au hasard de mes flâneries entre brocantes et boutiques d'occasion, vendus à des prix très raisonnables. Je ne m'imaginais pas qu'il y en avait eu autant à l'époque. Ces petites galettes noires ont changé nos vies, et nourri nos rêves.

Dans l'un de ces 45 tours magiques, il y avait par bonheur un catalogue des sorties vinyles pour les mômes. Et je songe qu'il y a vraisemblablement beaucoup moins d'histoires audio pour les enfants aujourd'hui. Evidemment, Internet a changé la donne et les plus jeunes ont d'autres occupations. Qui écouterait encore, de nos jours, une gentille histoire de Nounours et du Marchand de Sable ? Ou les aventures du petit ours Colargol ou encore celles du canard Saturnin

Au temps où il n'y avait qu'une ou deux chaîne(s) française(s), l'ORTF diffusait, en 1966, Kiri le Clown dont la ritournelle entêtante hante toujours mes souvenirs. Cette série d'animation ne durait que cinq minutes mais il fallait à l'époque six jours de tournage pour tourner un épisode à raison de vingt-quatre images par seconde. En 1961, Cécile Aubry écrit et réalise treize épisodes de 13 minutes de Poly, un malicieux poney et de son ami Pascal incarné par le tout jeune Mehdi

Tout cela semble si loin et pourtant, les souvenirs sont tellement ancrés en moi que toutes ces séries demeurent proches et pénétrantes.

jeudi 15 mars 2018

Les belles images des écoliers et écolières

Fin du XIXe, début du XXe siècle, les petites têtes blondes se plongent dans la lecture du "Petit Français illustré, journal des écoliers et des écolières". Fondé en 1889 par la maison d'édition parisienne Armand Colin qui est une véritable institution en matière de pédagogie jusqu'à l'aube du XXe siècle, le Petit Français illustré comporte aussi des bijoux d'illustrations. Le périodique était essentiellement composé de récits publiés sous forme de feuilletons. Chaque couverture est une véritable oeuvre d'art, comme celle-ci d'une enfant, la fauche à la main, qui dort paisiblement à l'ombre de son panier vide.


Christophe y était illustrateur et est d'ailleurs considéré comme l'un des précurseurs de la bande dessinée en France. C'était aussi un botaniste à la Faculté des Sciences de Paris où il devient docteur en sciences naturelles. C'est parce qu'il doit compléter son revenu qu'il considère un poste comme dessinateur au sein de divers journaux. En début de carrière, Christophe, alias Marie-Louis-Georges Colomb est professeur au Lycée Condorcet et l'un de ses élèves n'est autre que le jeune Marcel Proust. Il donne aussi des cours particuliers aux enfants Dreyfus au cours de l'Affaire.

Sa littérature - car c'est bien de littérature qu'il s'agit - est riche et renvoie à de multiples allusions culturelles et géographiques. A l'époque, un illustrateur est également un écrivain et Christophe est un  fin et manie avec brio le jeu de mots brillant et l'humour farfelu.
"Sachez, mes filles, que nous sommes des atomes jetés dans le gouffre sans fond de l'infini." (La famille Fenouillard)"
"La vie, hélas ! n'est qu'un tissu de coups de poignard qu'il faut savoir boire goutte à goutte; et, je le dis hautement, pour moi le coupable est innocent"!" (Les facéties du sapeur Camember)
Le 15 mars 1902, il signe une superbe couverture qui s'inspire de La Fontaine dans "Les animaux malades de la peste". La scène est cocasse, on y voit des animaux différents malades se faire vacciner et attendre leur tour en cernant le médecin qui est un vieux singe. Une pancarte retient mon attention. Il y est écrit : "Chenil n°1 sujets pour expériences (Hommes)". Un monde inversé où l'homme devient cobaye et où l'animal est situé au sommet de la pyramide de l'évolution. La réflexion est très moderne, n'est-ce pas ? Pour consulter l'année 1902, cliquez ICI.


mercredi 7 mars 2018

Les leçons sucrées des récrés des années 60 et 70

Classique : les nounours en gélatine
Les récrés des années 60 et 70 ressemblaient vraisemblablement à celles d'aujourd'hui. Ou pas. Sur la suggestion d'une amie qui a vécu la même jeunesse que moi, je prends aujourd'hui un grand plaisir à me remémorer les récrés de la période flower power. Et plus particulièrement, les collations qu'on s'enfilait sur le coup de 10 heures. Les en-cas sains mais aussi et surtout les douces cochonneries bourrées de sucre ou de sel... L'heure de la récré a sonné.

Extrait du Tintin n° 39 (25-09-1973)
Extrait du Tintin n°38 (18-09-1973)
Avions-nous un mode de vie plus sain et consommions-nous davantage de fruits et de produits laitiers ? Pas forcément. Et pourtant, à partir des années 50, on commence à donner un verre de lait aux élèves. On est, en effet, au lendemain de la guerre et l'initiative vise essentiellement à pallier les insuffisances alimentaires et à promouvoir l'hygiène alimentaire. La distribution gratuite de lait persista dans beaucoup d'écoles au cours des années 60 et jusqu'au début des années 80. 

Et si tous les établissements ne le faisaient pas, les mamans veillaient souvent à glisser un produit laitier dans le cartable. Je me souviens d'une bouteille de lait 25 cl goût vanille à damner tous les... seins (était-ce un lait de la marque Stabilac ou Stassano ?). Comme c'était peu pratique et qu'il fallait songer à emporter un décapsuleur, j'emportais plus volontiers un tube ou un berlingot de lait concentré, véritable bombe d'énergie. Mais il y a pire. Jusqu'aux années 1980, la bière de table Piedboeuf était servie dans les cantines belges. Ce qui donnerait lieu à un scandale à l'époque actuelle. En guise de collation, je croquais parfois une pomme Golden, avalais une mandarine ou grignotais une banane. Mais j'étais une gamine et ce que je préférais de loin, c'étaient les friandises et le chocolat sous toutes ses formes.

 Des bonbons plein les poches !


Zip (distribué par la marque belge De Beukelaer) était une petite barre fourrée de riz soufflé et de caramel, enrobée de chocolat au lait. C'était plutôt dur sous la dent mais c'était exquis quand la friandise se ramollissait sur la langue. Et dur signifiait : faire durer le plaisir. J'étais aussi très friande de melo-cakes. Les dents gourmandes craquaient la carapace de chocolat brillant pour mettre à jour le fondant blanc de la guimauve moelleuse. Ensuite, je savourais le biscuit mou et humide avant d'entrer en classe.

Classique d'entre les classiques, le petit nounours en gélatine colorée était très ludique. Je me souviens que je tentais de les sucer le plus longtemps possible afin qu'ils atterrissent, entiers, dans mon estomac et je les imaginais en train de discuter au fond de mes tripes. Inquiétant... je sais.

Publicité extraite de Tintin n°38 (18-09-1973)

Extrait du Tintin n°38 (18-09-1973)
Autre gourmandise typique des années 70 à enfiler vite fait sous la langue : les Treets, de grosses cacahuètes enrobées de chocolat, plus connues sous la marque M&M's aux Etats-Unis mais à la différence des M&M's colorés, les Treets étaient marron. La publicité est culte : le chocolat fond dans la bouche, pas dans la main. Dans la même veine, il y avait les dragées Bonitos, plus proches du concept M&M's mais les Bonitos étaient frappées de smileys aux expressions diverses. C'était sans doute la première fois qu'on découvrait ces visages ronds tantôt hilares tantôt étonnés. Qui aurait pu deviner à cette époque-là que ces friandises allaient révolutionner notre manière de communiquer ? 
Publicité issue du Tintin n° 39 (25-09-1973)
Les barres les plus célèbres étaient sans doute les Milky Way (si léger qu'elle ne coupait pas l'appétit) et Mars dont le slogan a été intégré dans le langage populaire de l'époque.

Quand on allait à la piscine, j'attendais avec délice la fin du cours pour acheter ma sucrerie préférée : le lacet rouge ou rouleau de réglisse. Le "lacet rouge" me semblait plus appétissant que le noir, d'autant qu'il devait être aromatisé à la fraise.

BiFi et chips : la facture est salée

Et puis, il y avait les snacks salés. Hyper salés ! Au sel ou au paprika, les chips en petits paquets s'engloutissaient, croustillants et épicés, en deux temps trois mouvements. Je me souviens des chips de la marque belge disparue Samo. Difficile de dénicher des informations sur cette société sur Internet mais rien que pour le plaisir, voici une brochette de publicités : ici. J'ai aussi gardé en mémoire les chips Smiths en forme de mini frites. Enfin, ils existent toujours mais ont connu une popularité féroce dans les années 70, les BiFi. Petit bâton de salami (= beefy) moulé dans son maillot de plastique, il a été lancé sur le marché, en 1972. Je le déshabillais (l'acte était presque empreint de sensualité quand j'y songe) et le dévorais avec beaucoup voracité. J'avais un rituel. Une fois le saucisson avalé, je fourrais le plastique en bouche et le mâchouillais quelques minutes afin d'en extraire les dernières particules de sel et de goût fumé. La saucisse prétendait sans honte être un aliment riche en énergie... vraie. C'était en quelque sorte le petit en-cas des sportifs, des jeunes qui bougeaient : les bifiphages !

On est finalement arrivé très loin de la nourriture saine et de la consommation quotidienne de lait, de produits issus du lait et de fruits ou légumes qu'on voulait promouvoir pour une meilleure hygiène de vie dès le plus jeune âge. Les années flower power ne sont pas particulièrement équilibrées en matière alimentaire. Et les cours de récré, les cantines constituaient souvent des temples à la gloire du sucre et du sel dont les produits dérivés nous font rêver mais aussi... crever.


Extrait du Tintin n°  5 (01-02-1972)