jeudi 27 septembre 2018

Solange, Michel, Monique et Jean ne s'ennuient jamais

Hé oui, j'en suis toujours aux Marabout Flash. La collection est inépuisable et les sujets sentent bon les années 60 et 70. Je ne vais donc pas m'en priver. D'autant que l'enfance y est largement représentée. Coup de flash sur deux titres cultes : "Les prénoms" et "Jouons en plein air".

En introduction, M. et Mme Flash expliquent le topo avec de bonnes rasades d'un humour... hem, hem! bon enfant qui leur est caractéristique : "Dans le choix du prénom, évitez aussi les jeux de mots regrettables. Si vous vous appelez monsieur Botte, ne donnez pas à votre fils le prénom d'Henri. Et si vous vous appelez Delune, ne prénommez pas votre fille Claire (comme cela s'est fait)." Heu oui... Et j'ajouterais même qu'il ne faut surtout pas appeler sa fille "Carla" quand on a "Marabout" pour patronyme. Médiocre, je sais...

Feuilleter ce manuel de poche a des allures de voyage dans le temps. À chaque prénom, son caractère. Bien sûr, les prénoms désuets foisonnent. Solange qui est un prénom populaire en 1961 (date de cette édition), possède "une nature franche" et "est capable de coups de tête". Reine est une forme populaire de Régine (un  prénom alors moderne) et pour le tempérament, disons que c'est un peu fort de café : "intelligence moyenne demandant une certaine application pour comprendre et agir efficacement". Pas très délicat. Parmi les prénoms en très grande vogue : Michel, Monique, Louis, Dominique, Benoît, Anne, André, Véronique, Pierre. Et le prénom le plus populaire chez les garçons est... Jean ! Et chez les filles, c'est Marie.

Au temps où les enfants étaient loin de songer aux jeux vidéos même en rêve, les parents avaient parfois fort à faire pour divertir leurs rejetons. L'intérêt de ce guide est que la plupart de ces jeux nécessitent peu d'accessoires et ne coûtent donc rien. Imaginez-vous encore les gamins d'aujourd'hui pratiquer les jeux dansés ? Songez : des mômes qui se trémoussent sur une chanson qui dit : "Scions donc du jambon, à six liards la livre. Scions donc du jambon, à six sous le quarteron" ou celle-ci : "Alice, pain d'épice, mon enfant est en nourrice, qui demande du bonbon, tire le canon !" 

Flash remet les pendules à l'heure de l'égalité filles/garçons. Les billes ne sont exclusivement réservées aux moussaillons. "Les filles aussi ont des doigt agiles. La bille est déposée dans le creux de l'index replié et le pouce la propulse vers l'avant." Les bulles de savon font leur petit effet également. Marabout révèle le secret de la bonne eau de savon. Il faut simplement : "un bol, une pipe en terre ou un chalumeau de paille ouvert en croix." "Afin d'obtenir une belle qualité de bulles, il s'agit d'acheter chez le pharmacien un litre d'eau distillée et chez le droguiste, 100 g.d'oléate de soude (savon pur) et un litre de glycérine." De quoi souffler des bulles pendant toute une année. À une température de 15°, l'eau distillée est versée dans un récipient impeccable pour y laisser fondre l'oléate de soude. Après quelques heures, on filtre l'eau à travers un linge fin. Puis, on ajoute la glycérine (deux volumes de glycérine pour trois volumes d'eau de savon). Le mélange se repose plusieurs jours. La couche blanchâtre qui s'est alors formée, est délicatement ôtée. Voilà, c'est prêt, on peut embouteiller.

Et les solitaires ne sont guère oubliés. Ainsi des variantes de jeux de balles existent à l'infini : lancer la balle contre un mur et la rattraper des deux mains au vol ou d'une main à la volée ou des deux mains au premier bond ou encore d'une main au premier bond. Wouah ! Passionnant.

Voici un jeu qui me semble bien divertissant : le chin lonng dont le but est de se passer une balle sans toutefois la frôler une seule fois avec les mains. Le saut à la corde demeure très populaire malgré qu'on ait tendance à classer injustement cette activité dans les jeux de fillettes.

Le ramassage de coquillages est encore une activité très prisée dans les années flower power. Certains possèdent d'impressionnantes collection de coquillages dont on réalise des cendriers, des colliers qu'on trempe dans de l'eau bouillante pour ensuite les enduire d'une couche de vernis plastique et préserver leurs belles couleurs.

Les algues dont les nuances se parent de tons jaune pâle à noir encre, en passant par tous les accents verts et rouges, valent la peine d'être ramassées. (...) "Les algues de petit format sont mises à sécher sur des feuilles de papier buvard. Elles font de magnifiques motifs décoratifs de sous-verre."

Le souci de protéger au mieux l'environnement est par bonheur déjà ancré dans certaines mentalités des années 60. "Voilà, bien cachée, la fleur de l'eau, l'anémone de mer, l'oursin tel une pelote d'épingle. Après cette indiscrétion, remettre la pierre en place : il faut toujours respecter la vie, sous toutes ses formes, même les plus primitives. Exposée à l'air et au soleil, notre anémone de mer et notre oursin seraient condamnés à mort. On ne cueille pas des fleurs pour les jeter cinq minutes après. On ne tue pas la petite faune marine si ce n'est pas pour la manger, mais simplement par paresse."
L'anémone de mer

Et puis, pourquoi systématiquement délier les cordons de la bourse lorsqu'on imagine un jouet ? On peut exploiter ainsi des objets normalement destinés à des besognes utilitaires : un tuyau d'arrosage qui viendra à point en période caniculaire, les tas de sable laissés par les ouvriers de la construction, les pneus qu'on fait rouler comme des cerceaux et qu'on peut utiliser comme de solides bouées, l'utilisation des outils du jardinier pour que l'enfant puisse s'exercer. Heu oui, certains de ces jeux ont, en effet, occupé mon enfance.

Mais surtout, ne jetez  jamais vos vieux vêtements, objets en panne, chiffons, vieilles couvertures... L'imagination des enfants n'a pas de limite lorsqu'il s'agit de se déguiser.

 (Fin... jusqu'à la prochaine)

mercredi 19 septembre 2018

Bien élevé en toutes circonstances

Marabout Flash a eu son mot à dire sur presque tout, entre 1959 et 1984. Véritable phénomène de société, la maison d'édition verviétoise a résumé tous les sujets de la vie courante en se positionnant comme "encyclopédie de la vie quotidienne"

Le savoir vivre a fait l'objet d'un manuel qui, à défaut d'être moderne,  est révélateur des conventions encore en vigueur dans les années 60. Tous les domaines du quotidien sont abordés : quelle place un homme doit-il occuper dans un ascenseur ? faut-il engager la conversation avec une femme (qu'on connaît bien entendu) croisée dans la rue ? comment faut-il se comporter à table ? comment doit-on tenir sa cigarette ?

Une illustration de Lucien Meys
La femme de ménage doit aussi faire preuve de savoir vivre, en s'adressant à ses "maîtres" en disant Madame ou Monsieur. Une dame ne peut passer la première dans un restaurant ni s'adresser directement au serveur. Dans un mariage catholique, la mariée offre le bras droit à son père mais c'est le contraire dans une célébration protestante. Il n'est pas convenable de se coucher le dernier en wagon-lit, si on occupe la couchette supérieure. Si vous affectionnez le cigare, vous ne pouvez l'allumer qu'à la flamme d'une bougie. Durant le spectacle, "le savoir vivre classique déconseille aux femmes seules de quitter leur place pendant l'entracte" mais Marabout Flash leur recommande de faire "comme si elles étaient deux" et de s'offrir un rafraîchissement.

Si la politesse était jadis fondée sur le mépris, épingle Marabout Flash, elle tend désormais à aplanir les barrières entre classes sociales. Et le savoir vivre est à la portée de chacun. 

(A suivre)

jeudi 13 septembre 2018

Régalez-vous, même tout seul !

J'ai déjà souvent parlé des Marabout Flash, manuels de poche sans prétention et bien pratiques des années flower power. Pour bien des collectionneurs, c'est devenu un objet culte. Près de cinq cents titres ont été publiés par cette maison d'édition de Verviers, entre 1959 et 1984. J'en ai récemment acquis quatre, pour leurs accents désuets, miroirs d'une époque où les mentalités hésitent entre modernité et morale rétrograde.

Sorti en 1965, La cuisine des célibataires est une praline, comme on dit en Belgique. Le guide contient un lot de recettes pour chaque mois de l'année : un plat et un dessert pour midi, ainsi qu'une entrée et un plat pour le soir. C'est qu'on avait une bonne fourchette dans les années 60. Cela peut sembler fastidieux de prime abord mais il n'y a vraiment rien de bien compliqué dans ces recettes qui font souvent appel aux boîtes de conserve ou au pire à l'aide d'un traiteur. 

Et pourtant, on ne se refuse rien chez les célibataires de Marabout Flash : une langouste au whisky (une queue de langouste arrosée d'un verre de whisky et hips ! d'un verre de vin sec) ou un cocktail de fruits de mer (homard, crabe et crevettes) en entrée et une cuisse de lièvre à la crème en plat, arrosé d'une larme d'armagnac ou encore, huîtres portugaises au champagne et noisettes de chevreuil à la purée de marrons. Les aliments des années 60 ont des fumets presque exotiques : boyaux au poivre (attention : "rigoureusement propres, chez un charcutier que vous connaissez"), langue de boeuf écarlate, corned beef, pickels et salade composée, crêpe Georgette (à l'ananas et au kirsch pour pimenter ce dessert), tête de veau en tortue, pied de porc grillé à la sauce rémoulade,... 

Période d'après-guerre oblige. On vous indique les provisions qu'il faut faire pour avoir des armoires et un frigo bien garnis : les conserves et les produits surgelés indispensables... et puis, le petit assortiment de liqueurs pour égayer les plats.

"Ce Flash part en guerre contre la banane, le café noir, le chocolat, le carré de pâtisserie, contre tous ces faux repas des célibataires qui oublient de bien se soigner ! Certes la cuisine des célibataires n'est pas la cuisine de tout le monde. Cela demande de la rapidité, de la facilité, de l'invention. Et encore plus de charme et de bonne humeur ! Nous y avons songé pour vous. (...) Un guide culinaire pratique ? oui, mais aussi, et avant tout, une leçon d'optimisme pour gastronomes solitaires !" De fait. Et c'est toujours un délice aujourd'hui.

(A suivre)

jeudi 30 août 2018

Rembobinez ces années-là !

Introduite en 1963 par Philips, la mini-cassette est un objet culte. Revenue sur le devant de la scène dans le sillage de la série "13 reasons why", la K7 s'utilisait avec un magnétophone qu'on appelait aussi enregistreur. Je me souviens de mon premier magnétophone qui était vraisemblablement  de la marque Philips (j'ai dû en avoir un Tandy ou un Grundig par après). Il n'y avait que deux boutons. Le plus grand servait à tout : on le poussait en avant et la lecture se déclenchait, un petit coup à gauche et on rembobinait, un petit coup à droite et on accélérait la lecture. Le bouton rouge était essentiel, c'est lui qui permettait d'enregistrer sa voix, les bruits de la nature et la radio ou la télé. Les cassettes comportaient deux faces et pouvaient supporter 60, 90 ou 120 minutes d'enregistrement.

Il m'arrivait d'enregistrer mes émissions favorites à la télé ou à la radio. Je les écoutais ensuite en boucle jusqu'à ce que la bande claque, éreintée d'être autant sollicitée. Je chipais alors un petit tournevis dans la boîte à outils de mon père et dévissais la cassette pour extraire la bande magnétique déchirée et la réparer en rejoignant les bouts avec du papier collant. Si la partie raccommodée gommait le son, la bande était sauvée. Et c'était reparti.


Je chantais les tubes de l'époque, je les enregistrais lorsqu'ils passaient sur les ondes et personne n'évoquait les droits d'auteur. On n'y songeait pas et je ne pense pas qu'on aurait poursuivi qui que ce soit pour copie illégale, en ces années-là. J'ai par bonheur préservé certains enregistrements de mon boys band favori, les Osmond Brothers : un concert enregistré à Anvers en 1975, une émission animée (Mozik) par Jean-Lou Lafont sur Europe 1, avec Line Renaud et les Osmonds,... Le son devenait discordant à la longue, comme la bande s'étirait de plus en plus mais la qualité du son n'était pas une priorité. L'essentiel était de pouvoir préserver la mémoire d'instants magiques.


jeudi 9 août 2018

Les couleurs pop de Hit

Extrait de Hit Magazine du mois de janvier 1974 : le hit parade qui voit Stone et Charden se hisser à la première place avec un titre qu'on a complètement oublié : "L'amour pas la charité". Et une deuxième place pour Ringo, l'ex de Sheila avec un titre aussi effacé des mémoires, "Une heure, une nuit". Et puis, une page éclaboussée de couleurs qui résume bien les seventies.