jeudi 20 avril 2017

La case de l'oncle Tom chez Flammarion

Le livre a vieilli. Certes. Mais il demeure un classique dans le genre et une oeuvre majeure de Mme Henriette Stowe (Harriet Beecher Stowe). On considère du reste que la Guerre de Sécession a été déclenchée par les tensions provoquées par ce morceau de littérature. Son auteur était d'ailleurs une abolitionniste qui dépeignait toute l'horreur de l'esclavage, tout en estimant que l'amour chrétien pouvait arranger les choses. Abraham Lincoln aurait prononcé cette phrase en pensant à elle : "C'est donc cette petite dame qui est responsable de cette grande guerre."

Publié chez Flammarion, vraisemblablement dans le début du XXe siècle (1911 ? aucune date n'est précisée dans l'édition que je détiens), le livre - traduit par Kathleen Fitzgerald - est émaillé de superbes illustrations du Britannique Thomas Derrick. L'une de ses oeuvres, "Le jugement de Paris" est exhibée au Brooklyn Museum Of Art, depuis 1925. 

Tout savoir sur "La Case de l'Oncle Tom" (en anglais) : ici.



lundi 3 avril 2017

Quand j'étais tout riquiqui

En 1950, les éditions Vaillant lancent le premier numéro de Roudoudou. Le personnage est dessiné par Arnal, celui-là même qui a créé Pif. Une année plus tard, c'est au tour de Riquiqui de naître sous la plume de René Moreu. Ce dernier a d'ailleurs été, pendant plusieurs années, rédacteur en chef de Vaillant. Ce fut lui aussi qui fut l'un des créateurs de Vaillant avec son épouse Madeleine Bellet, également directrice du mensuel Riquiqui.

Riquiqui est un ourson souriant auquel il arrive de joyeuses aventures. C'est mignon tout plein mais ce qui est plus singulier, c'est le parcours de son auteur.

René Moreu est, en effet, un artiste très sérieux, rattaché au courant de l'Art singulier. Un mouvement qui se distancie de l'art dit officiel par la revendication d'une certaine spontanéité face à l'intellectualisme des artistes établis. Moreu est un artiste hors normes et un peintre prolifique qui va créer des gouaches et des collages et travailler la peinture matière. Em même temps, il pratique le dessin à la craie et au feutre. Il est à l'origine d'une façon inédite de composer en peinture. On est bien loin de Riquiqui.

Dire qu'en 1943, alors qu'il n'a que 23 ans, il est frappé d'une maladie rétinienne qui lui laisse peu d'espoir. Ce qui n'a pas empêché plusieurs générations de tout-petits d'être émerveillés par les "belles images" de Riquiqui.

vendredi 24 mars 2017

La gastronomie du canard en 200 recettes

J'ai déjà évoqué le manuel des Castors Juniors qui constituait l'encyclopédie magique de mon enfance. J'ai récemment exhumé un exemplaire un peu fatigué certes mais dans un état décent des "200 recettes et conseils de Grand-Mère Donald". Initialement édité en 1972, ce bouquin a été réédité en 1978. On en trouve peu de références sur Internet, si ce n'est dans les sites de ventes par enchères. Evidemment, ce n'est pas un monument de la littérature mais pour celles et ceux qui ont été mômes dans les années 70, c'est un incontournable.

Si Grand-Mère Donald est un personnage secondaire de la famille Disney, elle n'en est pas moins le maillon fort de la tribu des canards et une cuisinière hors pair. Elvire (c'est son nom) est, en fait, née en 1855 et est la petite-fille du fondateur de Donaldville. C'est que tous ces sympathiques personnages ont une histoire et même un arbre généalogique. Elvire, donc, est la grand-mère de Donald Duck. Voilà pour vous situer son rôle.

La vénérable dame possède bien entendu les secrets d'innombrables recettes qu'elle consignait dans ses cahiers. Et puisqu'elle ne peut rien refuser à ses chers petits Riri, Fifi et Loulou, elle leur a donné l'autorisation de divulguer plus de 200 délicieuses recettes. Ce qui nous vaut de voyager non seulement dans différentes contrées en quête de recettes du cru mais aussi dans le temps, puisqu'on remonte à la préhistoire avec la recette inédite de la galette croc-mignon

Si ce manuel est destiné à l'usage des plus jeunes cordons bleus, d'aucuns seront sans doute surpris par l'addition d'alcool dans de nombreuses recettes. Autres temps, autres moeurs. Dès les premières pages, le vin est mis à l'honneur. "Il reste que, pris modérément, le vin peut accompagner agréablement un repas. Agréablement et utilement." Le remontant-bouillon allie d'ailleurs le bouillon très chaud au vin rouge pour se réconforter après une dure journée de travail. Et Grand-Mère Donald ne se prive pas de quelques cuillerées d'alcool dans ses desserts: porto ou marsala dans les abricots Bel Canto, liqueur de menthe dans le chevalier à la menthe, Cointreau dans le Régal Exki, calvados dans l'Oslo-Omelette,...

Le manuel est, en outre, farci d'anecdotes pimentées sur la gastronomie qui rend la lecture très plaisante et didactique. Saviez-vous que le mot "café" se prononce grosso modo de la même façon partout dans le monde ? Et que le gastronome humoriste Curnonsky a dit : "La bonne cuisine, c'est lorsque les choses ont le goût de qu'elles sont" (sage homme) ? Et aussi que l'estomac de renne est un plat de fête pour les Lapons ? Il paraît même qu'en Indochine, on ne demande jamais "Comment allez-vous ?" mais "Est-ce que vous avez déjà mangé ?" et ce, quelle soit l'heure du jour ou de la nuit. On y apprend également que Descartes était friand de bonne chère. "Bravo, murmura le duc, légèrement ironique, je croyais que les philosophes se nourrissaient surtout de systèmes et de pensées... Pardon, répliqua son hôte. Il serait navrant et injurieux pour la philosophie de penser que tant de choses succulentes ont été créées pour le seul plaisir des ignorants!"

Une petite perle injustement oubliée. On vous le disait. 

vendredi 17 mars 2017

La géographie sur les bancs des années 50


Dans les années 50, les livres de géographie avaient des couleurs et des accents exotiques, tantôt pittoresques tantôt résolument désuets et un peu choquants mais c'est dans l'esprit de l'époque. Voici "Découvrons le monde" (G. Chabot et F. Mory), un manuel de géographie pour les classes élémentaires. Publié en 1950 aux éditions Bourrelier, cet ouvrage très plaisant expose, en 80 pages bourrées d'illustrations d'Hélène Poirié, l'essentiel des notions géographiques. Il y est moins question de connaître le monde que de comprendre les milieux de vie et la variété des paysages, des climats.

Le monde, c'était, en effet, d'abord ce qui entourait l'élève et puis, c'était les autres. Fatou du Sénégal, Nanouk l'Esquinau, des enfants qui somme toute leur ressemblaient : "mieux on connaît les hommes, plus on se sent capable de les aimer quelles que soient leur couleur, leurs habitudes, leurs façons de manger ou de s'habiller." Derrière cette petite phrase si jolie, si humaniste, se cache une réalité toute autre...

Tout est narré du point de vue du petit occidental. Dans la forêt équatoriale, le climat, écrit-on, n'est ni agréable ni sain "et les blancs sont obligés de prendre chaque jour des médicaments contre la fièvre." Ce monde-là n'existe, à l'époque, que parce qu'il a un intérêt pour les occidentaux. "On va pouvoir amener jusqu'à la côte les villes de bois précieux que contient la forêt équatoriale. Ces bois seront chargés sur des bateaux. En Europe, on en fera de très jolis meubles."

Mais on y parle surtout de l'environnement de l'élève, de son pays (la France, en l'occurrence), de la vigne, de la pêche en mer, de la mine, du chemin de fer, des saisons, du temps, des travaux dans les champs et du marché et de la foire. Des préoccupations et des réflexions parfois d'un autre temps toujours savoureuses à lire : 

- "De nos jours, les lettres voyagent par chemin de fer dans un wagon-poste." 
- "Pendant le long hiver des régions de montagne, elle (une paysanne filant au rouet) travaille la laine des moutons qu'on a tondus en été."
- "Jean est un jeune apprenti mineur de quinze ans, un "galibot" comme on dit dans le Nord de la France. Aujourd'hui, il est bien ému car il va descendre au fond de la première fois."
- "Aujourd'hui l'usage des machines agricoles s'est répandu dans la plupart des fermes. Mais il y a encore des endroits où l'on coupe le foin et le blé à la faux."  

mercredi 15 février 2017

Les vitamines au secours de la paix dans les ménages

Trouvé dans une pile d'anciens journaux, ce magazine américain (Coronet) ressemblait très fort au Reader's Digest, dont il s'inspire d'ailleurs du format et des articles d'information généraliste, ciblant un public essentiellement familial. Créé en 1936, il sera distribué jusqu'en 1971.

Celui-ci date du mois de mars 1959 et contenait un excellent dossier écrit par le Sénateur Paul H. Douglas: "Un catholique peut devenir Président!" Dans un pays dominé par le protestantisme, on s'interrogeait en effet sur la possibilité d'avoir un président d'une autre conviction religieuse. La conclusion du politicien est sans équivoque: "Le temps n'est-il pas venu d'arrêter de penser à nos hauts responsables en terme de foi religieuse? (...) Personnellement, je crois que lorsque le bon candidat se présente - peu importe sa religion - les Américains feront le bon choix. Ils le font généralement." Kennedy (puisque c'est de lui qu'il s'agissait) sera finalement le seul président américain catholique jusqu'à présent.

Les publicités d'époque retiennent également mon attention. Elles peuvent être très révélatrices sur la mentalité de ces années-là. J'ai épinglé celle-ci. "Souffrez-vous d'un amour fatigué?" Madame s'interroge au terme de quinze années de mariage parce qu'elle a perdu la flamme des débuts. Pire, elle songe même à quitter son mari qui était devenu nerveux et irritable. Parce que son mari aussi était devenu trop las pour jouer avec les enfants. Et pourtant, le médecin de famille n'y avait vu rien de sérieux. Juste une déficience alimentaire. Elle est choquée, elle qui s'assurait que Jim soit toujours bien nourri. Mais non... Il s'agissait seulement d'un manque de vitamines. Voilà comment une simple capsule vitaminée sauve un mariage. Le titre vaut son pesant de cacahuètes! "Grâce à lui, je me sens à nouveau comme une épouse"...