mardi 25 décembre 2018

Le spécial Noël de Spirou dans les années 60 : une pépite !

Le spécial Noël du 19 décembre 1968 investi par les Schtroumpfs
Dans les années 60, le magazine "Spirou" vit ses années d'or. Les auteurs de BD les plus prestigieux y travaillent : Tillieux, Franquin, Morris, Peyo, Roba,... Les numéros édités à l'occasion des fêtes sont des pépites et plus particulièrement les spéciaux de Noël qui comportent une centaine de pages. A l'époque, les auteurs de BD créaient des aventures inédites pour ces numéros spéciaux.

Le spécial du 12 décembre 1963
En 1963, Morris a les honneurs de la une. Lucky Luke souffle dans un harmonica, accompagné de sa troupe country. Le journal fait résolument dans l'originalité en proposant à ses lecteurs un "hygrobaromètre au chlorure de cobalt" : l'encre du titre sur la couverture vire au rose quand le temps est à la pluie et au bleu lorsqu'il fait sec. La seconde une est consacrée à Gaston Lagaffe dont la paresse légendaire le contraint à rapporter un balai de Noël pour le bureau. Ce numéro comporte, en outre, le "plus petit mini-récit du monde" entre les pages 63 et 98. Ce micro livre mesure... 1 cm². Les dessins sont tout juste croquignolets et on y trouve même une aventure inédite de Blondin et Cirage (Jijé) qui vivent un merveilleux Noël ainsi que du Petit Jean croqué par Will, le papa de Tif et Tondu.


Noël du 16 décembre 1965
La une du Noël 1965 est signée de Roba, créateur de Boule et Bill. Comme dans de nombreux numéros de Spirou des années 60 et 70, celui-ci comporte un mini-livre, "Le Saranmou" par Anjo. Il s'agissait de mini-planches de BD comprenant une vingtaine de cases qu'il fallait couper, puis plier aux bons endroits. Le magazine est littéralement farci d'histoires de Noël signées par les meilleurs créateurs de BD : Cauvin, Delporte, Goscinny, Hausman, Lambil, Jidéhem,...

En 1968, les auteurs fourbissent un exemplaire schtroumpfant intégralement voué à la fête de la Nativité. Dans les pages centrales, on peut y trouver la "Boule Spirou" ainsi que le "calendrier Spirou 1969". Tillieux a écrit un "mécompte de Noël", "La bouteille" avec Gil Jourdan. C'est tout bonnement hilarant.

La table s'élargit sur la couverture de l'année 1969 autour de laquelle Gaston, Bill et Boule, Sophie, Tif et Tondu, Moiselle Jeanne et bien d'autres encore ont pris place pour célébrer un Noël cosy. Comme chaque année, un effort est réalisé pour rendre le journal encore plus attirant. Cette fois, le magazine propose un Spirou-Ciné. Il s'agit de réaliser par des coupages, des pliures et l'assemblage de parties qu'il faut coller avec un adhésif transparent. On obtient finalement une petite boîte qui va accueillir un film. Ce dernier est bobiné, entraîné par un crayon qui est introduit dans les trous réservés. Un élastique est enroulé sur le crayon afin d'entraîner le film. Ces objets (oserais-je déjà dire "gadgets" ?) doivent avoir été précieusement gardés ou rachetés plus tard par des passionnés de Spirou. La rubrique "Au pied de vos lettres", explique que le Journal de Spirou est imprimé sur des rotatives (un cylindre par couleur). La machine peut imprimer 48 pages à la fois. Cette édition spéciale est donc passé sous les rotatives cinq fois. 

Comme il est rafraîchissant de se replonger dans la lecture de ces bandes dessinées qui embarquant dans un voyage pour le passé des plus exquis. A la page 90, les héros de Spirou livrent leurs recettes simples pour le réveillon de Noël. Tiens, le sandwich Pirañas préparé par le Marsupilami m'a l'air délicieux : couvrir des tranches de pain avec une tranche de gruyère. Y allonger deux anchois et les entoure d'un peu de moutarde de Dijon. Passer le tout au four. Attendre que le gruyère commence à fondre et servir chaud ! Bon appétit !

Des magazines à lire et à relire autant de fois que l'enfant qui sommeille eu fond de vous vous démangera... Et j'espère qu'il vous chatouillera longtemps. Longtemps.

Le numéro du 11 décembre 1969 : une table bien garnie

samedi 24 novembre 2018

Pif Gadget et le pois sauteur, un gadget aux petits oignons

Les inventions de Pif ne valaient sans doute pas tripette mais les gosses des années 70 craquaient pour ces gadgets inédits qui étaient mine de rien des applications scientifiques.

Le petit poisson rouge de cellophane se tortillant dans la moiteur de la paume de la main, m’amusait beaucoup mais la bricole la plus géniale à mes yeux, a été le pois sauteur du Mexique. Où donc avaient-ils bien pu dénicher ces cosses qui bondissaient sous l’effet de la chaleur ? Le pois sauteur est, en réalité, un bourgeon de l’arbre à flèches (au Nord Ouest du Mexique), dans lequel un papillon a pondu. L'œuf se mue en larve qui, quand le bourgeon choit de l'arbre, commence à s’agiter. 

Avant d’aller coucher, je me souviens avoir laissé mes trois pois sauteurs au creux d’une petite boîte, sur le radiateur de la salle de bain. J’écoutais en souriant, les crépitements nerveux des pois, avant de m'endormir.

Le lendemain matin, je ne percevais plus le tic-tac provoqué par les cabrioles des «Pifitos». J’avais tout bonnement omis de couvrir la boîte et les pois avaient pris la poudre d’escampette. Je ne les ai jamais retrouvés. A mon grand regret...

Je possédais une belle collection de "Pif" mais le coin de rangement qui leur était réservé, chez mes parents, devenait trop étriqué. Au grand dam de ma mère. Un jour, un brocanteur a entassé tous ces magazines dans une grande boîte et a glissé un billet au creux de la main de ma mère. Depuis, je cours toujours après mes souvenirs comme après les pifitos.

mercredi 7 novembre 2018

La vie ailleurs dans l'univers selon l'Abbé Moreux

"Les autres mondes sont-ils habités?" de l'Abbé Moreux

Bien que n’ayant aucune formation scientifique, j’ai toujours été fascinée par la recherche. Ce livre dont l’édition est datée de 1926 (l’originale devait être de 1923) est dû à la plume de l’Abbé Th. Moreux, directeur de l’Observatoire de Bourges. Une autorité en la matière donc. J’ai craqué pour ce bouquin qui sent bon le papier jauni et dont les pages ont été rognées. Et surtout pour ce titre franchement racoleur eu égard à l’époque ("Les Autres Mondes sont-ils habités ?"). Qu’un ecclésiastique se pose la question au début du XXe siècle, avait pour moi, quelque chose de sulfureux.

J’ai lu le livre intégralement mais j’avoue ne pas avoir compris toutes ses subtilités et en avoir oublié la majeure partie. C’est-à-dire le contenu. Oui mais j’ai préservé le plaisir de lire cet ouvrage, intact. La lecture de cette publication m’avait soufflée. Elle était, en outre, enrichie de quelques planches dessinées par l’Abbé Moreux. L’Abbé Moreux s’était imaginé un paysage martien (voir illustration) assez proche (selon mon humble avis) de ce que nous connaissons aujourd’hui à propos de Mars. La sonde Spirit qui s’est posée sur Mars en janvier 2003, nous a livré des images d’un panorama fort semblable à celui qui a été créé par l’Abbé Moreux.

Voici ses suppositions au sujet de la vie ailleurs : "Ainsi de toutes les planètes formant cortège au Soleil, deux seulement en dehors de la Terre ont eu quelque chance de donner asile à des êtres vivants. Mars a pu être habité autrefois ; à l’heure actuelle, les conditions climatologiques, la faible densité de son atmosphère ne nous permettent guère d’y supposer des espèces animales un peu élevées en organisation. (…) Quant à la planète Vénus, la vie n’y est possible que dans ses régions tempérées et polaires ; et ceci encore dans l’hypothèse non prouvée d’une rotation rapide." (p. 128 & 129) Plus loin, il écrit : "Un véritable astronome doit se garder d’affirmer que la Terre seule est habitée, car il n’en sait absolument rien. Cette question passionnante, il n’a aucun moyen de la résoudre, car sur ce point de fait sa science est muette."

La porte des étoiles est toujours ouverte.©

NASA/JPL-Caltech/MSSS

dimanche 28 octobre 2018

La Belgique à l'heure du "tea time" dans les années 1900

Le temps semble avoir été de tous temps, une valeur sûre et rassurante. Sauf bien entendu pour les physiciens et les philosophes. Mais à quelques exceptions près, le doux tic tac d'une horloge apaise, assoupit, rythme le sommeil. Peut-être une vague réminiscence de l'époque utérine et une évocation du battement du coeur maternel... Et pourtant, il n'est rien de moins indécis que l'heure. Si comme moi, vous pensez que le passage à l'heure d'été remonte à l'époque du premier choc pétrolier et que ce "jet lag" fut imposé dans nos contrées au milieu des années 70, vous ignorez que tous les pays n'ont pas adopté en même temps ce principe (le Royaume Uni et l'Irlande l'ont opté dès la première guerre mondiale et l'Italie, en 1966). Et vous ignorez sans doute qu'au début du XXe siècle, la Belgique s'était alignée sur l'heure du méridien de Greenwich.

Greenwich time for Belgium


Dans le bulletin officiel du Touring Club de Belgique, daté du 30 octobre 1907, le Dr L. Dejace signe un article intitulé "L'hygiène de l'heure" dans lequel on apprend que les Belges avaient subi une réforme de l'heure, quelques années auparavant. Les horloges des pays du centre de l'Europe, à l'instar de l'Allemagne, l'Autriche et l'Italie affichaient, quant à eux, une heure de plus. Selon le rédacteur de cet article : "En adoptant l'heure de Greenwich, les Belges se sont volontairement mis en retard sur l'heure naturelle, et ces quelques minutes de différence marquées par nos cadrans sur l'heure vraie ont suffi à amener des troubles économiques et hygiéniques, dont il est utile d'étudier l'importance."

L'heure centrale permettrait à l'Allemand de bénéficier d'une plus longue luminosité. Egalement à l'heure de Greenwich, les Hollandais étaient toutefois sur le point de passer à l'heure centrale, ayant réalisé que le travailleur devait pouvoir jouir d'une heure de soleil en sus. Opinion appuyée par le Dr Dejace qui invoquait divers arguments dont l'écho résonnait plein de bon sens jadis mais qui fait bien sourire aujourd'hui.

"Restituer à chaque journée une heure de lumière naturelle le soir, c'est en réalité combattre le somnambulisme. Dès que la nuit se montre, tels des animaux malfaisants, surgissent les apaches, les souteneurs, les filles de joie. La morale publique a tout intérêt à réduire les heures... de travail de cette lie de l'humanité.

L'alcoolisme lui-même subirait une sensible diminution par l'allongement des crépuscules.

Il suffit de parcourir nos villages agricoles et industriels pour savoir que l'été est la morte-saison des cabarets. Leur accorder, pendant plusieurs mois le retour au foyer à la clarté du jour, c'est diminuer d'autant les soirées alcooliques. Est-il nécessaire d'insister auprès des médecins sur les avantages hygiéniques de l'heure retardée."

L'auteur espère ainsi voir les ouvriers consacrer leur temps de luminosité supplémentaire à des activités plus saines comme le jardinage, la promenade ou l'exercice en plein air. En outre, la raison économique est aussi alléguée. L'ouvrier belge ne consacrerait plus son maigre budget à l'éclairage en soirée.

"L'hygiène prône le lever matinal et le coucher hâtif, l'heure de l'Europe occidentale favorise la flemme matinale et retarde le coucher normal. Nous négligeons volontairement l'importante question de la dépense industrielle en éclairage artificiel, ce côté de la question étant du ressort des économistes, (...)

Par ces temps de ligues contre tous les fléaux de l'humanité, pourquoi ne se formerait-il pas une ligue puissante pour réclamer en Belgique les avantages économiques, moraux et hygiéniques de l'heure centrale, et combattre les dangers de notre heure artificielle ?"

jeudi 11 octobre 2018

"Nos Loisirs" : dépaysement assuré

Journal-revue qui vécut entre 1906 et 1911, "Nos Loisirs" se targuait d'être intéressant du début jusqu'à la fin. On y trouve, de fait, un tas d'indices sur le quotidien du l'aube du XXe siècle.

L'environnement n'était pas vraiment au centre des préoccupations de l'époque. Les chasseurs blancs abattaient des tas d'éléphants au point de provoquer - déjà à l'époque- un risque d'extinction de l'espèce. Le souci premier n'était cependant pas la disparition des pachydermes mais les répercussions catastrophiques que ce funeste événement aurait sur le juteux commerce de l'ivoire... Cela vous fait sans doute songer à une époque plus proche...


Les prix des concours étaient aussi pour le moins surprenants: un révolver, une carabine, une ombrelle en soie,... Et les pages de réclames se boivent comme du petit lait. Du "Royal mamillaire" qui assure une poitrine de marbre au tue-moineaux sans feu ni bruit en passant par les véritables grains de santé du Docteur Franck, remèdes de la constipation depuis 1802, l'exotisme côtoie le pittoresque. ©