jeudi 7 décembre 2017

"Poils et plumes" sous la plume de Benjamin Rabier

Lorsque j'aperçois un livre illustré par Benjamin Rabier, en général, je craque. Surtout s'il est vendu à un prix doux... et même si son état n'est pas des meilleurs. Celui-ci s'appelle simplement "Poils et plumes", un conte de Marie Somville publié fin des années 30 aux Editions Desoer de Liège.

Rabier, c'est l'artiste qui a influencé de nombreux auteurs de bandes dessinées et Hergé, en premier lieu. Rabier fait résolument partie de mon enfance. La vache qui rit, c'est lui. Bovin hilare qu'on retrouve encore dans ce livre illustré, aux côtés d'une panoplie d'animaux. Il est d'ailleurs tenu pour l'un des dessinateurs animaliers européens majeurs. 

Benjamin Rabier - PortraitNé le 30 décembre 1864 à Roche-Sur-Yon, le jeune garçon marque un talent indéniable dès son plus âge mais cette passion ne doit pas entraver une carrière. Pas plus que des études qu'il interrompt du reste pour travailler. Il débute en tant que comptable au Bon Marché à Paris. Grâce au caricaturiste Caran d'Ache, ses illustrations vont peu à peu apparaître dans diverses revues françaises. Très rapidement, son travail sera respecté et adulé. C'est un workaholic avant la lettre. Parallèlement à sa fonction de sous-inspecteur aux Halles, il poursuit sa carrière d'artiste (illustrateur mais aussi créateur de pièces de théâtre ainsi que de dessins animés) et finit par souffrir d'un mal moderne, le burn-out. Raison pour laquelle il abandonne son poste aux Halles en 1910. 

Son personnage fétiche, c'est Gédéon le canard (dont je parlerai une autre fois). En 1927, il invente le personnage de la Vache qui rit pour une célèbre marque de fromage fondu. Son créateur Léon Bel fait appel à Benjamin Rabier qui, sur suggestion de sa femme, va lui donner des boucles d'oreille, histoire de féminiser la bête à cornes.

Auteur belge pour les enfants, Marie Somville a rassemblé dans "Poils et plumes", des petites histoires mettant en scène des animaux. Ce ne sont pas des contes, affirme-t-elle. "Il n'en est pas une qui ne soit véridique et racontée fidèlement sans la moindre broderie ; j'ai été témoin de la plupart de ces faits (...)"  

mercredi 22 novembre 2017

Fillettes, petits mâles et moutons...!

En chinant, j'ai trouvé un bouquin oublié et vraisemblablement rare, à un prix raisonnable et en parfait état, qui plus est. Et il était dédicacé à un confrère. Edité en 1906, cet ouvrage du Dr Toulouse - "Les leçons de la vie" - est davantage une étude sociale qu'un livre de médecine. 

Et pour cause. Ce Marseillais né en 1865, est devenu médecin avec une thèse sur la mélancolie. Il était psychiatre et également journaliste. En 1901, il ouvre un laboratoire de psychologie expérimentale à Villejuif.  C'est lui qui imaginera le comité d'hygiène mentale (aujourd'hui, Ligue française pour la Santé mentale) dont le but était d'améliorer les conditions de traitements des malades mentaux. Anecdote particulièrement intéressante à son sujet : Emile Zola a consenti à devenir un sujet d'étude du jeune Edouard Toulouse sur les rapports entre génie et folie. 

Dr Edouard Toulouse
L'ouvrage "Les leçons de la vie" est plus léger. Le médecin livre une série de conseils en matière d'hygiène, fruit de toute une série d'observations qu'il a faites. Cela peut sembler futile à l'heure actuelle et pourtant, ça nous en dit un bout sur la mentalité de l'époque. 

La propreté est un sujet brûlant à l'époque. L'apparence extérieure prime sur la réelle hygiène. Il écrit (notez les détails sur les différences sociales et les clichés) : "De même, une dame n;accepterait pas sur son lit - même pour quelques instants - le manteau de son ouvrière. Mais au retour d'une course dans un fiacre ou en wagon, après s'être frottée contre des coussins salis par mille contacts, sa jaquette lui paraît tout aussi propre et inviolée qu'auparavant, - parce que les souillures invisibles et auxquelles elle n'a pas songé n'ont pas compromis l'aspect esthétique du vêtement." (...) "personne ne se préoccupe de l'origine des aliments. Qu'importe si le pain est imbu de la sueur de celui qui l'a porté à la main,si les fruits ont été cueillis par des enfants aux mains sales, si la poussière de la rue, chargée de crottin et de détritus de rtoutes sortes, a saupoudré la viande, les légumes et les desserts exposés aux étalages des commerçants ; tant pis si les assiettes et les verres ont été rincés à la cuisine dans des eaux bourbeuses de crasse."

Le livre était dédicacé à un confrère
Et en parlant de rang social, le scientifique en parle dans un chapitre, divisant la société en trois ordres : l'ouvrier, l'employé et l'homme des professions libérales. L'image qu'il utilise pour justifier son propos est pour le moins scabreuse mais c'est révélateur d'une époque et je me demande sincèrement si certains ne le pensent toujours pas aujourd'hui. "Le parcage est toujours très serré ; les moutons d'un enclos ne peuvent, sauf circonstances exceptionnelles, passer dans l'enclos supérieur." Toulouse vise toutefois une certaine forme d'égalité sociale sans pour autant être révolutionnaire : "Pour que la démocratie ne soit pas contraire au progrès de la civilisation, il faut établir l'égalité en relevant le niveau le plus bas ...)."

Cet ouvrage fourmille de réflexions intéressantes sur divers sujets de société, qui nous apprennent énormément sur la pensée du début du XXe siècle. J'ai beaucoup ri lorsque j'ai lu l'opinion du docteur sur la "co-éducation", à savoir la mixité scolaire (entendez bien sûr garçons/filles). Le scientifique n'y est pas trop favorable car, s'explique-t-il, "les enfants sont immoraux ; et, quand ils sont très jeunes, on peut même dire qu'ils sont amoraux". L'enfant aurait donc une moralité très faible et tout particulièrement en matière sexuelle. Une difficulté vient s'y ajouter selon lui : l'absence de justice pour les plus jeunes. Cette phrase vaut son pesant de cacahuètes : "Qu'adviendra-t-il des fillettes, plus mal défendues, quand elles seront en contact avec les petits mâles cyniques et irresponsables ?"

jeudi 9 novembre 2017

Cloclo et Petula main dans la main

Claude François et Petula Clark partageaient une amitié profonde. C'est grâce à elle qu'il découvre l'Angleterre. Lui qui rêve de fouler les scènes d'Outre Manche... Dans les années 60, il veut enregistrer ses disques là-bas parce qu'il sait que les meilleurs musiciens s'y trouvent. Il enregistrera d'ailleurs à Londres, sous la direction musicale de Les Reed, comme l'épingle Fabien Lecoeuvre dans "Le petit Lecoeuvre illustré : dictionnaire. Histoire des chansons de A à Z". Avec Petula, il découvre le quartier des antiquaires à Covent Garden et les bonnes tables aussi. Petula est présente au début de sa carrière et elle le sera jusqu'à la fin, comme l'écrit Bertrand Tessier dans son livre "La dernière nuit de Claude François"

Cette image est extraite du magazine belge "Le Patriote Illustré" dans son édition du 24 septembre 1967. L'article de Jacques Mercier s'attache à décrire un marché du disque en crise... déjà. Cloclo et Petula Clark se promènent main dans la main à Londres. Comme un goût sucré de nostalgie...

jeudi 19 octobre 2017

Les farces et attrapes de mon enfance

Je me souviens d'une petite boutique de farces et attrapes où j'adorais traîner, petite fille. Il y a des lustres que ce petit magasin bricabracant a disparu mais j'en préserve un souvenir, diffus certes mais toujours vivant. J'ai encore en mémoire un tas de gadgets qui suscitaient nos éclats de rire : la fausse tache d'encre qu'on jetait sur le beau tablier propre de notre grand-mère (elle était bonne cliente et acceptait nos tours avec philosophie), le sucre duquel sortait une mouche hideuse, le coussin péteur, la poudre à éternuer, la fleur qui crachait un filet d'eau et autres facéties du genre. 

En fouillant dans des caisses à la cave, j'ai retrouvé, miraculeusement conservés, des papiers d'emballage de quelques tours que mes frères et moi devions jouer à nos parents et essentiellement à nos grand-mères. Ces sachets doivent vraisemblablement dater de la fin des années 60 ou du début des années 70 mais je n'en retrouve aucune trace sur Internet. Ce qui rend ces trouvailles encore plus attachantes. Comme quoi des déchets peuvent avoir un sens.
La poudre sanguinaire

Cette farce est plutôt effrayante et de mauvais goût mais c'est ce qui la rend pittoresque et délicieusement démodée. Songez donc : de la poudre sanguinaire! Il suffisait de déposer une pincée de poudre de perlimpinpin dans le... vase de chambre (bien sec!!) de jeunes mariés. Ce n'est déjà pas si simple. Aujourd'hui, ce serait même impossible. A son réveil, le couple découvrait des traces rougeâtres dans le pot commun. Hem hem! Plutôt tordue, cette blague! Notez l'élégant pyjama à liquettes de l'époux et la bougie qu'il utilise pour s'éclairer.
La pilule-chenille

Un classique qu'on retrouve toujours de nos jours dans les articles du style : la pilule-chenille. On jette subrepticement un cachet dans un verre d'eau ou autre et une chenille en plastique se déploie au contact du liquide. On en retrouve encore facilement en tapant le mot dans les moteurs de recherche. Comme à cette époque, ces farces et attrapes sont produites en Allemagne (wurm-pillen).
Sorcellerie de feuilles

Curieuse farce que cette dernière : Folien Hexe qui a été traduit en français par le très approximatif "Sorcellerie de feuilles". La traduction paraît un peu bizarre : "On enveloppe un morceau de papier  mouillé en papier de lamelles." Je suppose qu'on signifie qu'il faut envelopper une feuille de papier qu'on trouve dans le sachet, dans de l'aluminium. Qui plus est, une partie de l'explication semble manquer mais si l'on comprend bien, il s'agit de poser la feuille dans le papier alu, sur une chaise. Une réaction chimique se produit, puisque le papier chauffe progressivement. La personne qui s'assoit dessus sans prendre attention, se brûle donc le popotin. Ou pour le formuler de manière plus élégante comme sur la notice : "Après 10 ou 15 minutes, la personne se lèvera en sursaut à cause de la grande chaleur qu'elle sent à une certaine partie du corps." Décidément, les notices font autant rire (si pas davantage) que le canular.

mercredi 27 septembre 2017

La petite maison dans nos prairies

La série "La petite maison dans la prairie" a profondément imprégné la culture télévisuelle, à un point tel qu'elle a accompagné le public des années 70 et 80, de la puberté à la ménopause. Alison Arngrim, alias Nellie Oleson a déballé sa "malle aux trésors" dans une grange rustique d'Ittre, en compagnie de Patrick Loubatière. Mission : remettre les pendules à l'heure des vraies valeurs comme la lenteur et de la gentillesse.


Décor western d'Old Tucson (2004)
Ce feuilleton abondamment diffusé sur les chaînes francophones, n'a finalement pas connu de relâche dans ma vie. Même si je connaissais presque les répliques par cœur, j'ai toujours regardé les épisodes avec la même ferveur. Celle d'une enfant probablement avide d'expérimenter les mêmes sensations encore et encore parce qu'elles procurent du bonheur. Dans cet univers-là, tout est prévisible et gentil. S'il y avait des méchants et des bons, on finissait en définitive par apprendre que les personnages les plus diaboliques avaient aussi un fond qui n'était pas si mauvais qu'on croyait.


Digne fille de sa mère, Harriet Oleson, l'indispensable mégère de Walnut Grove, Nellie incarnait la parfaite petite peste qu'on adorait détester. L'actrice Alison Arngrim a exploité le filon avec intelligence et une large dose d'auto-dérision. Avec la complicité de l'auteur et metteur en scène français Patrick Loubatière, elle a récemment sillonné les campagnes de France et de Belgique pour présenter le spectacle "La malle aux trésors de Nellie Oleson". À chaque représentation, la salle était bondée. Preuve que le phénomène est toujours fédérateur. Comme à Ittre où elle s'est produite dans le cadre rustique d'une grange.
 

Le chemin des souvenirs

 

C'est que le show est drôlement rafraîchissant et drôle. L'atmosphère est champêtre et chaleureuse dans cette grange dont les briques et charpentes apparentes lui confèrent un charme bucolique certes mais quelque peu inconfortable. Qu'à cela ne tienne, on est vite étreint par la nostalgie et on oublie tout. Les notes de "C'est la fête" de Michel Fugain déboulent et en effet, c'est à un divertissement burlesque et bien plaisant que l'on est convié. Sur scène, un écran géant diffuse des séquences cultes de la série. Vêtu du costume rouge de Monsieur Loyal, Patrick Loubatière se promène dans le public avec une malle fourrée de souvenirs liés à la série et plus particulièrement au rôle campé par Alison Arngrim. Un spectateur tiré au hasard est alors invité à extraire un objet qui renvoie à une anecdote narrée - en français, s'il-vous-plaît - par l'interprète de Nellie dans une tenue pailletée.


Les robes de la série à Old Tucson (2004)
Le spectacle est bourré d'inédits (photos, histoires, maquettes hyper réalistes des bâtiments de Walnut Grove réalisées par des fans) et d'éclats de rires qui font briller les prunelles. C'est farci de bons sentiments. On entend les oooh et les aaah de l'assistance qui bien que majoritairement quinquagénaire, retombe délicieusement en enfance. C'est un public de fans purs et durs qui se côtoient, pour certains, dans chacun des spectacles de la comédienne américano-canadienne. Ce n'est pas la première fois qu'Alison se produit dans nos contrées francophones puisqu'on a déjà eu l'occasion de la voir dans ce spectacle mis en scène par Patrick Loubatière mais aussi dans "Confessions d'une petite garce dans la prairie".

La "vraie" Nellie Oleson*
La salle avant le show
À l'issue de la représentation, les deux comparses se prêteront volontiers au jeu des dédicaces et des photos avec les fans. Jusqu'à l'ultime fan. Témoignage de leur générosité qui s'inspire en droite ligne de l'ambiance familiale de la série. Alison Arngrim échange quelques mots avec chacun, se fend d'un large sourire ou d'une facétieuse grimace parfois pour les photos et signe tout ce qu'on lui donne. La soirée a réveillé en nous les meilleurs sentiments et même si nous sommes tous retournés dans nos pénates, loin, très loin de Walnut Grove, nous avons fait le plein de rêves puisés dans une malle décidément magique.

* En réalité, le personnage de Nellie Oleson se base sur trois fillettes que l'auteur des livres de "La petite maison dans la prairie" a connues : Nellie Owens, Genevieve Masters et Stella Gilbert.