dimanche 25 mars 2012

La Belgique à l'heure du "tea time" dans les années 1900

Le temps semble avoir été... de tous temps, une valeur sûre et rassurante. Sauf bien entendu pour les physiciens et les philosophes. Mais à quelques exceptions près, le doux tic tac d'une horloge apaise, assoupit, rythme le sommeil. Peut-être une vague réminiscence de l'époque utérine et une évocation du battement du coeur maternel...

Et pourtant, il n'est rien de moins indécis que l'heure. Si comme moi, vous pensez que le passage à l'heure d'été remonte à l'époque du premier choc pétrolier et que ce "jet lag" fut imposé dans nos contrées au milieu des années 70, vous ignorez que tous les pays n'ont pas adopté en même temps ce principe (le Royaume Uni et l'Irlande l'ont opté dès la première guerre mondiale et l'Italie, en 1966). Et vous ignorez sans doute qu'au début du XXe siècle, la Belgique s'était alignée sur l'heure du méridien de Greenwich.

Greenwich time for Belgium

Dans le bulletin officiel du Touring Club de Belgique, daté du 30 octobre 1907, le Dr L. Dejace signe un article intitulé "L'hygiène de l'heure" dans lequel on apprend que les Belges avaient subi une réforme de l'heure, quelques années auparavant. Les horloges des pays du centre de l'Europe, à l'instar de l'Allemagne, l'Autriche et l'Italie affichaient, quant à eux, une heure de plus. Selon le rédacteur de cet article : "En adoptant l'heure de Greenwich, les Belges se sont volontairement mis en retard sur l'heure naturelle, et ces quelques minutes de différence marquées par nos cadrans sur l'heure vraie ont suffi à amener des troubles économiques et hygiéniques, dont il est utile d'étudier l'importance."

L'"heure centrale" permettrait à l'Allemand de bénéficier d'une plus longue luminosité. Egalement à l'heure de Greenwich, les Hollandais étaient toutefois sur le point de passer à l'heure centrale, ayant réalisé que le travailleur devait pouvoir jouir d'une heure de soleil en sus. Opinion appuyée par le Dr Dejace qui invoquait divers arguments dont l'écho résonnait plein de bon sens jadis mais qui fait bien sourire aujourd'hui...

Une heure de soleil en moins,
la déchéance au tournant

"Restituer à chaque journée une heure de lumière naturelle le soir, c'est en réalité combattre le somnambulisme. Dès que la nuit se montre, tels des animaux malfaisants, surgissent les apaches, les souteneurs, les filles de joie. La morale publique a tout intérêt à réduire les heures... de travail de cette lie de l'humanité.

L'alcoolisme lui-même subirait une sensible diminution par l'allongement des crépuscules.

Il suffit de parcourir nos villages agricoles et industriels pour savoir que l'été est la morte-saison des cabarets. Leur acoorder, pendant plusieurs mois le retour au foyer à la clarté du jour, c'est diminuer d'autant les soirées alcooliques. Est-il nécessaire d'insister auprès des médecins sur les avantages hygiéniques de l'heure retardée."

L'auteur espère ainsi voir les ouvriers consacrer leur temps de luminosité supplémentaire à des activités plus saines comme le jardinage, la promenade ou l'exercice en plein air. En outre, la raison économique est aussi alléguée. L'ouvrier belge ne consacrerait plus son maigre budget à l'éclairage en soirée.

"L'hygiène prône le lever matinal et le coucher hâtif, l'heure de l'Europe occidentale favorisse la flemme matinale et retarde le coucher normal. Nous négligeons volontairement l'importante question de la dépense industrielle en éclairage artificiel, ce côté de la question étant du ressort des économistes, (...)

Par ces temps de ligues contre tous les fléaux de l'humanité, pourquoi ne se formerait-il pas une ligue puissante pour réclamer en Belgique les avantages économiques, moraux et hygiéniques de l'heure centrale, et combattre les dangers de notre heure artificielle ?"

Cela ne nous empêchera pas d'avancer les aiguilles de nos horloges. Après tout, cela nous permettra d'apprécier d'une heure de luminosité supplémentaire en soirée que nous consacrerons bien évidemment aux exercices en plein air... ou à la dégustation d'un apéritif bien frais aux terrasses des estaminets...! ©

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