samedi 26 mars 2016

Tournez, platines! Face B

Dans la seconde moitié des années 70, j'étais accro à la radio. Comme j'étais fan d'un groupe de frères américains, les Osmond Brothers, j'écoutais les charts sur AFN Shape, la radio des forces armées en Belgique. Allongée sur mon lit, je suivais avec ferveur l'American Top 40 de Casey Kasem. Sa voix nasillarde, chaleureuse et enveloppante, son sens du suspense m'emmenaient sur la Route 66 sous le ciel bleu de la Californie. En 1972, les Osmonds sortent déjà leur dixième album studio et on n'entend plus que leur "Crazy Horses" sur les ondes. Ces très sages garçons mormons empreints du heavy metal de Led Zeppelin, envoient un message écologique dans un ruissellement de guitares enfiévrées. Deuxième extrait de l'album, le frénétique "Hold Her Tight" est d'ailleurs un emprunt direct à "Immigrant Song" de Led Zeppelin. "Crazy Horses" n'est toutefois pas un album de heavy metal, ni même de hard rock. La plupart des morceaux se révèlent très doux, plus pop que rock mais l'ensemble demeure très plaisant et accrocheur.

Pendant ce temps, en France, un jeune Israëlien chante "Qui Saura", un titre qui va caracoler au sommet des hit-parades et même temporairement éclipser le succès de Claude François. Mike Brant enchaînera les tubes avec "Rien qu'une larme", "C'est comme ça que je t'aime",... En 1974, l'idole commet une tentative de suicide. J'ai 13 ans et je trouve son geste choquant. La nouvelle alimente les conversations dans les cours de récré. Quelques mois plus tard, les mines sont plus sombres dans les rangs à l'école. Mike Brant est mort. Ma grand-mère qui l'appréciait énormément, m'affirme qu'il y a une fille là-dessous. D'autres parlent d'assassinat. Qui saura...

Toujours en 1972, les Carpenters sont sur le "Top Of The World" et Karen Carpenter souffre déjà d'anorexie. Et moi, je rêve de chanter comme elle. Elle a dans la voix, cette élégance naturelle, cet éclat solaire, ce supplément d'âme qui vous apportent ce chouia de sérénité inattendue. Un peu country, un peu cajun et résolument énergisants, les titres "Jambalaya" et "Top Of The World" ont le don de me mettre de bonne humeur et d'illuminer mon adolescence. En 1983, moins d'un mois avant ses 33 ans, Karen est admise à l'hôpital pour une défaillance cardiaque. Elle y décède, vingt minutes plus tard.

Petite fille dans les années 60, c'étaient les disques de Claude François qui rythmaient les battements de mon coeur. Encore aujourd'hui, je n'ai pas trouvé plus frais, plus stimulant que "Belles! Belles! Belles!".  On a tout dit ou presque sur Clo Clo. Et si ses mélodies ne sont pas des pépites de la chanson française, elles ont émaillé mon enfance de paillettes et de sourires. Et ça, ça vaut de l'or, non? ©

mercredi 23 mars 2016

Tournez, platines! Face A

La face B me met de meilleure humeur que le mélancolique "Happy"
Les années 70 représentent, à mon opinion (et vu la génération que je représente), la meilleure décennie et les années 60 les talonnent dans mon hit-parade des années flower power. Indécrottable nostalgique, j'ai préservé quelques 45 et 33 tours, dont je ne me séparerai probablement jamais et j'achète encore de temps à autre quelques reliques de cette époque, des vinyles, des magazines aussi. Pas forcément des chefs-d'oeuvre mais des témoins sucrés d'une époque insouciante. 

L'idole made in USA par excellence
Les Jacksons bombardent les années 70 de chansons tout aussi sautillantes les unes que les autres mais fin de la décennie, Michael Jackson lance une bombe, "Off The Wall". En pleine ère disco, Michael Jackson donne le ton et me transmet une furieuse envie de me trémousser sous les boules scintillantes des dance floors. D'une blondeur californienne, Leif Garrett fait bouger les popotins au son d'"I Was Made For Dancin'" mais c'est "Surfin' USA" que je préfère. C'est sans doute sans prétention mais c'est frais comme une Granny Smith, bondissant et drôlement ensoleillé. 

Alain Chamfort, trop mignon!
On ne le reprendra plus. Au sommet de sa gloire, Claude François s'entoure de quelques poulains comme Alain Chamfort qui peu à peu, lui fait de l'ombre. C'est que le garçon a le physique plutôt  plaisant et que ses chansons ressemblent bigrement à celles de Clo Clo. Sorti en 1972, le titre "Signe de vie, signe d'amour" est le deuxième de Chamfort. C'est pétillant et tellement vitaminé que j'ai épuisé le vinyle sous l'aiguille du pick up!
Un album que j'écoute encore avec gourmandise

Dans les années 70, je n'ai d'yeux et d'oreilles que pour les frères Osmond et surtout le plus jeune du groupe, Donny. En période disco, il sort un 33 tours (dont il n'est plus très fier), "Disco Train" et au crépuscule des années 70, ose un disque éponyme dont il signe quelques titres, "Donald Clark Osmond". L'ensemble n'est peut-être pas impérissable mais l'album livre quelques giclées de concentré feel good qui fouettent le moral. Pour la plupart des gens, ça ne casse pas trois pattes à un canard mais moi, je trouve cette galette souriante comme un bonbon acidulé, et douce comme une caresse. Alternant délicates ballades romantiques et morceaux de pop sémillants, ce disque vaut sincèrement la peine d'être écouté sans arrière-pensée, précisément pour le rafraîchissement qu'il procure. ©

(à suivre)

lundi 7 mars 2016

L'animal, miroir de notre propre humanité

Mahatma Gandhi a déclaré que la grandeur d'une civilisation se jaugeait à la façon dont les animaux étaient traités. La citation demeure on ne peut plus actuelle, même si les photos qui illustrent cet article proviennent de la revue "Je Sais Tout" de 1906. Des photos des fils Trump exhibant fièrement leurs trophées de chasse en Afrique aux scandales des abattoirs en France, le respect de la condition animale est encore loin d'être une évidence dans nos sociétés. 

Au début du XXe siècle, le bien-être animal relevait de la farce (au propre comme au figuré). En Belgique, il faut attendre 1929 pour que les actes de cruauté envers les animaux soient sanctionnés mais c'est seulement en 1986, qu'une loi relative au bien-être et à la protection de l'animal soit entérinée. En 2015, la France finit par considérer que les animaux sont des "êtres vivants doués de sensibilité". Ce qui en soi n'est pas la panacée, puisque les animaux peuvent toujours être vendus et exploités. De plus, ça ne remet pas en cause nos traditions comme la corrida, la chasse à courre, l'abattage rituel, etc. Mais en 1906, il en allait tout autrement.

L'animal était un objet comme les autres, une chose sans âme, sans sensibilité qu'on pouvait traiter avec toute l'inhumanité dont l'homme peut souvent faire preuve. L'horreur atteint des sommets lorsqu'on lit la légende de ce cliché avec cet homme posant entre la carcasse d'un éléphant et un éléphanteau, la trompe entortillée dans le fusil du colonial. "Le petit éléphant est, dit-on, le plus intelligent des animaux. Pourtant, son instinct ne l'avertit guère que le fusil qu'il entoure de sa trompe a servi à tuer sa mère dont il flaire le crâne, sans comprendre." Sans comprendre? Le cynisme de l'auteur de ces quelques lignes était probablement moins grand que son ignorance. 
 
Pendant ce temps, dans les abattoirs, on enregistrait des progrès, paraît-il, puisqu'en Allemagne, on adoptait le coup de feu contre les fronts du bétail, en place et lieu du... marteau. Et dans un musée, au début du XXe, on pouvait découvrir le corps d'une jeune Botokudine (qui provenait apparemment d'un groupe ethnique du Brésil). Celle-ci devait vraisemblablement avoir été capturée au XIXe siècle. En 1841, elle arrive à Londres, où elle a dû sans doute être considérée comme un phénomène de foire, mais ne survit que quelques mois. Comble de l'atrocité: son corps est plongé dans l'alcool et aurait été à l'époque tenu dans un état de parfaite conservation. La même année, le Zoo du Bronx enfermait un Africain dans la cage aux singes...

En 1834, Silvio Pellico écrivait: "Pour aimer l'humanité, il faut savoir en envisager, sans se scandaliser, les faiblesses et les vices." Certamente! ©