dimanche 29 mars 2015

Les bambins dodus de Béatrice Mallet

L'enfance d'antan a des parfums de rose fanée, dans lesquels j'aime me frotter le museau. Les livres d'images de la première moitié du XXe siècle alignent les clichés d'une époque révolue qui parvient toutefois encore à me charmer par ses accents délicieusement naïfs. Les bébés ont les joues rebondies et rouges vif, les petites filles sont toujours modèles et les canards portent des gilets de flanelle. Les bambins de Béatrice Mallet ne ressemblent pas à des adultes en miniature, ils ont le teint frais, les bras potelés et les yeux ébahis et rieurs. On les croquerait volontiers.
D'origine britannique, Béatrice Mallet, illustratrice, dessinatrice et imagière née en 1896, a débuté sa carrière par la création de la couverture du catalogue de jouets des Galeries Lafayette, en 1921. Elle poursuit dans le monde de la publicité. C'est elle qui propulsera le logo de la marque de lingerie enfantine "Petit Bateau" dans les années 30, avec son personnage de Marinette.  En 1937, sa publicité est gratifiée du Grand Prix de l'Exposition de Paris. C'est à cette époque également qu'elle publie des livres d'illustration, comme "Mother Goose", "La soeur de Gribouille"... Elle réalisera également des séries de cartes postales.
Enfoui sous un tas de magazines humides et poussiéreux, un album de Béatrice Mallet avait été oublié dans une vieille caisse en carton. L'artiste illustre ici un recueil de comptines, "Nos premières chansons". Le style rondelet et les couleurs criardes sont imprégnées de bouffées de candeur dont, je l'avoue, je me repais volontiers. Sa ligne se délie dans l'évidence et la simplicité d'un monde où tout va bien. L'univers croquignolet de Béatrice Mallet a ce quelque chose de rassurant, de douillet, de moelleux, cette odeur de poudre de bébé qui fait fondre. 
Celle qui fut aussi l'illustratrice des cigarettes St Michel,  allait décéder en 1951, des suites d'un cancer du poumon... ©
En savoir plus : http://beatricemallet.unblog.fr/  

vendredi 13 mars 2015

Contes de Grimm et souvenirs en apirama

J'ignore pourquoi je recherche de plus en plus la tendresse et l'émerveillement attachés à l'enfance. Le chemin vers un âge qu'on dit vénérable, semble être une progression vers une envie plus pressante de pureté. Dans les bouquineries, je m'attarde souvent dans le coin de lecture réservé aux enfants. C'est fou le nombre de livres précieux que les gens peuvent abandonner sur les étagères branlantes des boutiques de seconde main. Précieux par leur imagerie, leur odeur tenace de papier jauni, leur charme vieillot. 
Je ne suis pas forcément en quête de bribes de mon enfance car j'affectionne tout particulièrement les albums d'images du début du XXe siècle. Récemment, j'ai eu le bonheur de dénicher des contes de Grimm illustrés par Jean Morette, chez Hachette, un album dont la première édition date de 1946. Les aquarelles me paraissaient sorties de l'imagerie de Meli, l'ancien parc d'attraction d'Adinkerke (La Panne). Le trait pastoral, les couleurs chaleureuses, le ton jovial et bon enfant me ramenaient, au fil des pages sculptées par le temps, aux émotions pastel d'une enfance bercée par les contes narrés par la Mère l'Oie battant maladroitement ses ailes mécaniques à l'entrée du parc Meli. 
Cette illustration ne fait-elle pas songer à l'âne trônant sur la terrasse du self-service, qui transformait nos 5 sous en pièces d'or fourrées de chocolat ? J'entends encore  son braiement entêtant et je vois encore la pièce dorée jaillir, du beau milieu de ses fesses au moment où je m'y attendais le moins.
Les personnages qui peuplaient le parc avaient la bonhommie, les rondeurs, le crâne lisse et les joues rouges des dessins de Jean Morette. Je me revois caressant le ventre rebondi du mangeur de papier adossé à la petite maison, qui aspirait les détritus, Holle Bolle Gijs. "Papieerrrrr, papieeerrrrr", annonçait-il en roulant les "r" comme on sait le faire en Flandre. "Pour vous, les frites, pour moi, le papier." 
Je me souviens le village d'Hamelin, en admirant ces façades ciselées, tellement pittoresques. Je me souviens du bourgmestre qui apparaissait de temps à autres à sa fenêtre, promettant un sac d'or à quiconque parviendrait à débarrasser sa ville des rats qui l'infestaient. Je me souviens de l'effrayant ogre ronflant bruyamment derrière quelques buissons. Ou du géant barbu faisant les cent pas entre les arbres du Bois des Contes.
Voilà tout ce que quelques images peuvent éveiller... Elles nourrissent nos rêves, attisent nos souvenirs qu'on croyait éteints. ©