lundi 26 septembre 2011

Les fantômes du grenier

L'illustration est extraite de la revue "Nos Loisirs" du 23 juin 1907.
J’aime les odeurs délicates qui se dégagent sous la poussière des greniers. Ce parfum, piquant, agressif et pourtant tendre, qui traîne aussi au fond des caisses, entre deux livres exhumés dans une brocante. Le passé possède ses effluves. C’est sans doute le meilleur moyen de voyager dans le temps. C’est en tous cas l’unique procédé actuel pour se transporter dans l’autrefois. Il suffit, en effet, de plonger les narines entre les pages jaunies d’un vieux bouquin oublié pour évoquer des souvenirs précis, pour réveiller des sensations enfouies. J’ai toujours eu cette étrange habitude de sentir les pages d’un livre neuf, de caresser sa couverture avant même d’avoir lu une seule ligne. Si le parfum d’un livre fraîchement imprimé a quelque chose d’enivrant et de prometteur, celui d’un livre qui a vécu, est, à mon avis, plus mystérieux, et a fortiori plus exaltant. Peu m’importe ce qu’il vaut. Si un bouquin a été oublié, s’il n’a dorénavant plus aucun intérêt (ou s’il n’en a réellement jamais eu), il me touche. Il en va de même avec certains objets, surtout les jouets. Ce n’est ni le prix, ni la valeur intrinsèque de l’objet qui m’intéresse (au contraire, j’aurais plutôt tendance à porter mon attention sur celui qui ne possède aucune valeur) ; c’est son pouvoir d’évocation sur moi. Il traîne quelques fantômes dans mon grenier. Je vous invite à un voyage au pays de mes ombres.©

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