vendredi 24 mars 2017

La gastronomie du canard en 200 recettes

J'ai déjà évoqué le manuel des Castors Juniors qui constituait l'encyclopédie magique de mon enfance. J'ai récemment exhumé un exemplaire un peu fatigué certes mais dans un état décent des "200 recettes et conseils de Grand-Mère Donald". Initialement édité en 1972, ce bouquin a été réédité en 1978. On en trouve peu de références sur Internet, si ce n'est dans les sites de ventes par enchères. Evidemment, ce n'est pas un monument de la littérature mais pour celles et ceux qui ont été mômes dans les années 70, c'est un incontournable.

Si Grand-Mère Donald est un personnage secondaire de la famille Disney, elle n'en est pas moins le maillon fort de la tribu des canards et une cuisinière hors pair. Elvire (c'est son nom) est, en fait, née en 1855 et est la petite-fille du fondateur de Donaldville. C'est que tous ces sympathiques personnages ont une histoire et même un arbre généalogique. Elvire, donc, est la grand-mère de Donald Duck. Voilà pour vous situer son rôle.

La vénérable dame possède bien entendu les secrets d'innombrables recettes qu'elle consignait dans ses cahiers. Et puisqu'elle ne peut rien refuser à ses chers petits Riri, Fifi et Loulou, elle leur a donné l'autorisation de divulguer plus de 200 délicieuses recettes. Ce qui nous vaut de voyager non seulement dans différentes contrées en quête de recettes du cru mais aussi dans le temps, puisqu'on remonte à la préhistoire avec la recette inédite de la galette croc-mignon

Si ce manuel est destiné à l'usage des plus jeunes cordons bleus, d'aucuns seront sans doute surpris par l'addition d'alcool dans de nombreuses recettes. Autres temps, autres moeurs. Dès les premières pages, le vin est mis à l'honneur. "Il reste que, pris modérément, le vin peut accompagner agréablement un repas. Agréablement et utilement." Le remontant-bouillon allie d'ailleurs le bouillon très chaud au vin rouge pour se réconforter après une dure journée de travail. Et Grand-Mère Donald ne se prive pas de quelques cuillerées d'alcool dans ses desserts: porto ou marsala dans les abricots Bel Canto, liqueur de menthe dans le chevalier à la menthe, Cointreau dans le Régal Exki, calvados dans l'Oslo-Omelette,...

Le manuel est, en outre, farci d'anecdotes pimentées sur la gastronomie qui rend la lecture très plaisante et didactique. Saviez-vous que le mot "café" se prononce grosso modo de la même façon partout dans le monde ? Et que le gastronome humoriste Curnonsky a dit : "La bonne cuisine, c'est lorsque les choses ont le goût de qu'elles sont" (sage homme) ? Et aussi que l'estomac de renne est un plat de fête pour les Lapons ? Il paraît même qu'en Indochine, on ne demande jamais "Comment allez-vous ?" mais "Est-ce que vous avez déjà mangé ?" et ce, quelle soit l'heure du jour ou de la nuit. On y apprend également que Descartes était friand de bonne chère. "Bravo, murmura le duc, légèrement ironique, je croyais que les philosophes se nourrissaient surtout de systèmes et de pensées... Pardon, répliqua son hôte. Il serait navrant et injurieux pour la philosophie de penser que tant de choses succulentes ont été créées pour le seul plaisir des ignorants!"

Une petite perle injustement oubliée. On vous le disait. 

vendredi 17 mars 2017

La géographie sur les bancs des années 50


Dans les années 50, les livres de géographie avaient des couleurs et des accents exotiques, tantôt pittoresques tantôt résolument désuets et un peu choquants mais c'est dans l'esprit de l'époque. Voici "Découvrons le monde" (G. Chabot et F. Mory), un manuel de géographie pour les classes élémentaires. Publié en 1950 aux éditions Bourrelier, cet ouvrage très plaisant expose, en 80 pages bourrées d'illustrations d'Hélène Poirié, l'essentiel des notions géographiques. Il y est moins question de connaître le monde que de comprendre les milieux de vie et la variété des paysages, des climats.

Le monde, c'était, en effet, d'abord ce qui entourait l'élève et puis, c'était les autres. Fatou du Sénégal, Nanouk l'Esquinau, des enfants qui somme toute leur ressemblaient : "mieux on connaît les hommes, plus on se sent capable de les aimer quelles que soient leur couleur, leurs habitudes, leurs façons de manger ou de s'habiller." Derrière cette petite phrase si jolie, si humaniste, se cache une réalité toute autre...

Tout est narré du point de vue du petit occidental. Dans la forêt équatoriale, le climat, écrit-on, n'est ni agréable ni sain "et les blancs sont obligés de prendre chaque jour des médicaments contre la fièvre." Ce monde-là n'existe, à l'époque, que parce qu'il a un intérêt pour les occidentaux. "On va pouvoir amener jusqu'à la côte les villes de bois précieux que contient la forêt équatoriale. Ces bois seront chargés sur des bateaux. En Europe, on en fera de très jolis meubles."

Mais on y parle surtout de l'environnement de l'élève, de son pays (la France, en l'occurrence), de la vigne, de la pêche en mer, de la mine, du chemin de fer, des saisons, du temps, des travaux dans les champs et du marché et de la foire. Des préoccupations et des réflexions parfois d'un autre temps toujours savoureuses à lire : 

- "De nos jours, les lettres voyagent par chemin de fer dans un wagon-poste." 
- "Pendant le long hiver des régions de montagne, elle (une paysanne filant au rouet) travaille la laine des moutons qu'on a tondus en été."
- "Jean est un jeune apprenti mineur de quinze ans, un "galibot" comme on dit dans le Nord de la France. Aujourd'hui, il est bien ému car il va descendre au fond de la première fois."
- "Aujourd'hui l'usage des machines agricoles s'est répandu dans la plupart des fermes. Mais il y a encore des endroits où l'on coupe le foin et le blé à la faux."