vendredi 28 octobre 2016

Du jeu de société à la société du jeu

Dans les années 70, le jeu de société avait la place d'honneur au sein de la famille et on se passionnait pour le Monopoly, le jeu de l'oie, les petits chevaux, Prof a dit ou Pièges

Prof a dit: le jeu est constitué de deux parties et on pouvait y jouer à 2, 3 ou 4. Il fallait d'abord placer la tête de Prof sur son buste en appuyant fermement. Chaque joueur était représenté par une tortue, la rouge s'appelait Jojo, la verte, Lulu, la bleue, Dédé et la jaune Nini. Le plateau était en relief et comportait un tourniquet qui faisait office de dé (on avançait de 1, 2, 3 ou 4 cases. Le but du jeu était d'amener, le premier, une tortue de la case "départ" à la case "bravo". Il y avait des raccourcis tout au long du parcours mais c'est Prof qui accordait la permission de les prendre ou pas. En dodelinant de la tête positivement ou négativement. 

Pièges: les joueurs peuvent être entre 2 et 4. Et il n'y a pas plus simple comme jeu. Le plateau est composé de glissières disposées en quadrillage. Chaque joueur prend cinq billes d'une même couleur (bleu, rouge, noir ou vert) et les place au hasard sur le plateau. L'objectif est de faire basculer les billes de l'adversaire dans l'un des 49 trappes ouvertes en actionnant des tirettes. Pour remporter la partie, il suffit de faire tomber les cinq billes de l'adversaire.

Si l'ordinateur et les consoles de jeux ont quelque peu changé la donne, le jeu de société a encore son mot à dire parce que comme le livre vs l'e-book, la boîte de jeux présente des atouts majeurs: elle fait intervenir le sens du toucher et le jeu se déroule dans la réalité. De plus, comme son nom l'indique, le jeu de société peut être comparé, pour le plus jeune, à un rite de socialisation. Aujourd'hui, le jeu n'a jamais eu une telle puissance dans la société mais les règles ont changé. On joue sur nos smartphones, en bourse, sur le terrain de foot, un rôle, au lot(t)o, aux courses, on se la joue sur les réseaux sociaux parfois... mais on gagne rarement du temps. Mais ça, c'est une autre histoire.


vendredi 14 octobre 2016

Du rouge sur mon cahier bleu marine

A l'époque, je ne songeais qu'à me débarrasser de ces vieux cahiers encombrants qui s'entassaient dans des caisses gondolées par l'humidité de la cave. Mais on racontait qu'il fallait absolument tout garder sous peine d'être sanctionné par l'inspection générale. Après des dizaines d'années, ça m'a drôlement fait plaisir d'exhumer ces cahiers jaunis parce que j'avais la sensation, en tournant les pages, de revoir une petite fille que j'avais oubliée. Parce que le papier à lignes portait la mémoire du parfum de l'encre et de la gomme, l'écho des feuilles d'automne qui craquaient sous mes pieds.

J'ai parcouru avec curiosité les pages de mon carnet de vocabulaire de 4e année recouvert d'un papier bleu marine avec l'étiquette cernée de lignes rouges, soigneusement collée à la gomme arabique. Et je me suis arrêtée à la page datée du 3 juin 1970. J'ai miraculeusement préservé quelques souvenirs de cette année-là et je ne sais pourquoi je me souviens encore du visage de mon institutrice. Surtout de ses cheveux coupés court sur le devant et qui couraient en boucles sur la nuque. Un peu comme Paul McCartney dans ces années-là. Cela devait s'appeler la coupe mulet.

J'avais 9 ans et je me souviens parfaitement de cet épisode. L'institutrice avait demandé que nous rédigions une rédaction fouillée sur notre sportif favori. Oui mais voilà, je n'avais pas bien compris le concept d'une rédaction et je ne m'intéressais nullement au sport. Et encore moins aux sportifs. En manque d'inspiration, j'avais tout bonnement bâclé le sujet. Je séchais sur le sportif que j'allais choisir et je me rappelle qu'à l'époque, on parlait souvent de Jacky Ickx que je trouvais plutôt mignon. Mon choix s'était donc exclusivement porté sur son minois, pas sur ses prouesses sportives. J'avais complètement zappé (sic : je me permets un anachronisme) la présentation du personnage et je ne pouvais décemment pas écrire que je l'avais sélectionné, juste parce qu'il était beau. J'avais juste entendu qu'il avait eu un spectaculaire accident en 1970, sur le circuit de Jarama en Espagne. J'avais vraisemblablement trouvé qu'il avait été courageux de poursuivre car à cet âge-là, je redoutais les accidents de voitures et je détestais voir la moindre goutte de sang.

Sur ce cahier, je retrouve avec gourmandise les souvenirs effacés de ma mémoire, au gré de rédactions malhabiles. Une marraine qui rend une visite impromptue à la maison, alors que nous avions prévu d'aller à la mer. La plantation d'oignons de jacinthes apportés par Anne et Dominique. La découverte d'un petit oiseau tombé du nid et mes efforts pour le nourrir et retrouver sa mère. Des bribes de souvenirs sans importance et pourtant tellement importants du haut de mes trois pommes.