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vendredi 19 septembre 2014

Les premiers robots, fin du XIXe siècle et l'homme recyclé


Source : site cyberneticzoo.zoo
Depuis quelques siècles, les automates fascinent le bon peuple. Enigmarelle, un automate de deux mètres de haut marche, court même, s'arrête, se baisse et s'incline. Qui plus est, il est capable de tracer son nom à la craie sur un tableau noir. Sur scène, il enfourche une bicyclette et entreprend quelques tours. Après chaque prestation, on veut prouver qu'un homme n'est pas dissimulé en son sein. On ouvre sa tête, on déchire sa poitrine pour que les spectateurs découvrent son antre, un mystérieux rouage de mécanismes. La ressemblance des premiers robots avec les humains devient de plus en plus troublante et en juillet 1905, le célèbre automate Enigmarelle se promène à bord d'une automobile dans une rue de Londres. Mal lui en prit car il se fit épingler pour excès de vitesse. Contravention lui fut dressée et il dut comparaître devant la police Court de Marlborough Street. L'automate était ainsi considéré comme un homme à part entière, devant s'acquitter de ses obligations.

Source : "Je Sais Tout", 1905
En 1895, les Hollandais vont plus loin et créent le médecin automate. De stature humaine, il porte une perruque et ressemble à un vieux docteur. S'il est muet, son "corps" est truffé de compartiments qui communiquent avec l'extérieur par des ouvertures réparties sur la poitrine. Au-dessus de chaque tiroir, une plaque porte le nom d'une maladie commune. Que l'on souffre d'un rhume, d'un cor au pied ou que l'on ait un ver solitaire, il suffit de glisser une pièce de 10 centimes dans la fente qui correspond à la maladie qui intéresse le client. Le docteur automate livrera ensuite à son patient les conseils nécessaires et fournira les remèdes appropriés.Cet entrefilet repris dans l'album relié "Je Sais Tout" daté de 1905, suscite bien entendu quelques commentaires grinçants :"Mais alors que diront les collègues en chair et en os, de ce docteur sans diplôme? Hélas, nous voyons poindre à l'horizon une myriade de procès pour exercice illégal de la médecine, à moins qu'ils ne soient les premiers à lui conduire leur clientèle, pressée d'avoir remèdes et ordonnances. Certes, nous applaudirions ce désintéressement rare."

Il y a bien pire. Dans l'édition du 21 juillet 1895 (Je Sais Tout), on apprend que le Dr Cooper veut transformer le corps humain en ustensiles de ménage et en bibelots d'étagères. L'inventeur soumet d'abord un corps à une importante pression hydraulique. En moins de temps qu'il ne faut pour l'écrire, le corps est métamorphosé en pâte malléable. On peut la mouler comme on le désire et on fait ensuite cuire l'oeuvre au four, à l'instar de n'importe quel vase. L'homme se recycle déjà, à l'époque! ©

mercredi 31 juillet 2013

L'enfance de la robotique en 1959

Mon grand-père était fasciné par les techniques et les nouvelles technologies en général. Lorsqu'il est décédé au crépuscule des années 60, il a laissé derrière lui une impressionnante collection de livres, de manuels, d'objets hétéroclites dont on n'a gardé que quelques reliques. Ce livre a miraculeusement été préservé.

A l'ère de la miniaturisation extrême et des nanotechnologies, cet ouvrage de Bruinsma fait figure de pionnier. En 1959, date de sortie de ce bouquin, la robotique appartient encore surtout au domaine de la science-fiction. On n'en est qu'aux balbutiements et la vision qu'on projette de l'avenir technologique est empreinte de naïveté et d'humanisme. Si la littérature et le cinéma jouent sur l'effet dramatique et privilégient le catastrophisme (les robots représentent une menace pour l'humanité), la science propose de maîtriser le développement des robots et d'"en faire un usage satisfaisant tendant à l'élévation du niveau de vie de l'humanité."

Deux robots avaient été conçus tout spécialement pour ce livre. L'un présentait la forme d'un animal avec une "vie" plus ou moins indépendante, tandis que l'autre était un robot statique qui pouvait jouer àu tic tac toe, dit jeu OXO. L'ordinateur avait déjà esquissé son entrée dans la société pour réaliser des petites tâches programmées, comme l'ouverture et la fermeture des portes coulissantes automatiques, les opérations des machines à calculer électroniques, les projectiles téléguidés vers leur cible, etc.

Les circuits ont été créés de sorte à mimer l'apparence humaine. Il y a un organe des sens capable de capter les stimuli et de les métamorphoser en pulsions électroniques. Le système nerveux, quant à lui, module l'intensité. Le cerveau emmagasine les données, les classe et les traite. Et enfin,les muscles produisent les réactions suscitées par les stimuli interceptés par les organes des sens. Le niveau de sophistication n'a évidemment rien à voir avec la robotique actuelle, au sens où les robots de ces années-là fonctionnent uniquement autour de la notion de réflexe ou de mémoire, et non d'analyse ou de raisonnement.
Le robot-jeu comporte déjà une petite particularité. Il "a été conçu de façon à réagir de façon audible à la défaite et à la victoire. Lorsqu'il est battu, il émet un grognement de découragement et, lorsqu'il gagne, un cri répété de satisfaction. Il ne reste silencieux qu'en cas de match nul." On est encore loin de la complexité actuelle mais les bases et le principe y sont. L'ordinateur de demain n'aura à son tour certainement plus rien de commun avec nos PC, tablettes ou smart phones. En attendant, point n'est besoin de consulter une boule de cristal : notre imagination se chargera de lever le rideau sur le futur de la robotique.©