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lundi 7 mars 2016

L'animal, miroir de notre propre humanité

Mahatma Gandhi a déclaré que la grandeur d'une civilisation se jaugeait à la façon dont les animaux étaient traités. La citation demeure on ne peut plus actuelle, même si les photos qui illustrent cet article proviennent de la revue "Je Sais Tout" de 1906. Des photos des fils Trump exhibant fièrement leurs trophées de chasse en Afrique aux scandales des abattoirs en France, le respect de la condition animale est encore loin d'être une évidence dans nos sociétés. 

Au début du XXe siècle, le bien-être animal relevait de la farce (au propre comme au figuré). En Belgique, il faut attendre 1929 pour que les actes de cruauté envers les animaux soient sanctionnés mais c'est seulement en 1986, qu'une loi relative au bien-être et à la protection de l'animal soit entérinée. En 2015, la France finit par considérer que les animaux sont des "êtres vivants doués de sensibilité". Ce qui en soi n'est pas la panacée, puisque les animaux peuvent toujours être vendus et exploités. De plus, ça ne remet pas en cause nos traditions comme la corrida, la chasse à courre, l'abattage rituel, etc. Mais en 1906, il en allait tout autrement.

L'animal était un objet comme les autres, une chose sans âme, sans sensibilité qu'on pouvait traiter avec toute l'inhumanité dont l'homme peut souvent faire preuve. L'horreur atteint des sommets lorsqu'on lit la légende de ce cliché avec cet homme posant entre la carcasse d'un éléphant et un éléphanteau, la trompe entortillée dans le fusil du colonial. "Le petit éléphant est, dit-on, le plus intelligent des animaux. Pourtant, son instinct ne l'avertit guère que le fusil qu'il entoure de sa trompe a servi à tuer sa mère dont il flaire le crâne, sans comprendre." Sans comprendre? Le cynisme de l'auteur de ces quelques lignes était probablement moins grand que son ignorance. 
 
Pendant ce temps, dans les abattoirs, on enregistrait des progrès, paraît-il, puisqu'en Allemagne, on adoptait le coup de feu contre les fronts du bétail, en place et lieu du... marteau. Et dans un musée, au début du XXe, on pouvait découvrir le corps d'une jeune Botokudine (qui provenait apparemment d'un groupe ethnique du Brésil). Celle-ci devait vraisemblablement avoir été capturée au XIXe siècle. En 1841, elle arrive à Londres, où elle a dû sans doute être considérée comme un phénomène de foire, mais ne survit que quelques mois. Comble de l'atrocité: son corps est plongé dans l'alcool et aurait été à l'époque tenu dans un état de parfaite conservation. La même année, le Zoo du Bronx enfermait un Africain dans la cage aux singes...

En 1834, Silvio Pellico écrivait: "Pour aimer l'humanité, il faut savoir en envisager, sans se scandaliser, les faiblesses et les vices." Certamente! ©

mercredi 2 décembre 2015

Le dictionnaire de nos aïeux, l'art de vivre du temps passé

J'adore parcourir les dictionnaires, les encyclopédies et les almanachs, surtout lorsque les pages sont jaunies par le temps. On y découvre des choses qui n'existent plus et que nous n'avons peut-être jamais connues. Je prends pour exemple ce dictionnaire des connaissances pratiques (E. Bouant) ayant appartenu à mon grand-père. Il doit vraisemblablement dater du début du XXe siècle ou fin du XIXe, si j'en juge par les préoccupations du quotidien. C'est que nous n'avons évidemment plus les mêmes valeurs et les mêmes intérêts. Et encore moins la même innocence sur le temps et la frivolité. 
Alphabétiquement classé après le coryza gangreneux et les costumes militaires, le cotillon se référait à l'époque à une série de divertissements qui clôturaient le bal. "Le divertissement est conduit par un danseur désigné par la maîtresse de la maison. Tout le succès et tout l'entrain du cotillon dépendent de l'habileté de ce conducteur et de sa danseuse; les fonctions de conducteur de cotillon exigent du tact, du goût, de la gaîté et de l'imagination." Le cotillon se déploie en une multitude de figures, dont le miroir (ci-contre illustré) ainsi décrit: "Une danseuse est assise au milieu du salon, ayant en main un petit miroir. L'un après l'autre, les danseurs se présentent derrière elle. Elle efface l'image du danseur avec son mouchoir, jusqu'à ce que le danseur de son choix se présentant, elle lui offre la main et fait avec un tour de valse." Comme c'est charmant!
Dans un tout autre domaine, l'hygiène commençait à devenir une priorité mais on la voyait davantage en tant que remède ou traitement préventif. L'hydrothérapie était alors une cure appartenant tout autant au domaine de l'hygiène qu'à celui de la médecine. Il était toutefois recommandé de ne pas se livrer aux pratiques décrites dans le dictionnaire sans avoir préalablement consulté un médecin. Les ablutions semblent ainsi appartenir à un rite rigoureux: voici comment on se lave et comment on se frictionne. "On opère dans une grande cuvette en zinc avec une grosse éponge. Il faut faire l'ablution très rapidement au sortir du lit, ou après un exercice qui a mis le corps légèrement en moiteur. On fait ensuite une friction sèche avec un linge rude; on s'habille rapidement et un prend un peu d'exercice pour faciliter la réaction." Pour les plus modernes, il existe la douche en pluie avec l'appareil à douches. La douche à la lance, quant à elle, est plutôt expéditive puisqu'elle ne doit durer que quelques secondes et en tous cas, moins d'une minute. "La douche froide prise tous les jours, a une grande utilité hygiénique, en augmentant l'activité de toutes les fonctions. Mais, en raison même de la puissance de ses effets, elle ne doit pas être administrée sans la permission du médecin."Avant de terminer pour aujourd'hui, une petite perle sur le boeuf. Si vous désiriez savoir si votre boeuf était malade, il suffisait d'observer ces détails. "Tout boeuf qui a l'air triste, qui ne s'étire pas en se levant, qui n'a plus d'appétit, qui ne sort plus la langue de la bouche à l'heure du repas, qui a la respiration haletante et le pouls fréquent doit être considéré comme n'étant pas en parfaite santé, et il y a lieu de l'observer attentivement." En effet. ©