dimanche 7 août 2016

TGV malgré lui en 1900!

Le monorail à suspension de Romanov - Juin 1900 (Wikipedia)
En feuilletant l'année 1900 des suppléments de "La Mode Illustrée", je suis tombée sur les "causeries scientifiques" de Fulbert Dumonteil, écrivain et choniqueur gastronomique dans diverses revues. Quelqu'un d'à priori sérieux et pourtant, l'homme se permet certaines approximations quand il écrit dans ce supplément réservé à la famille et à la femme, plus précisément. En réalité, ses articles relèvent davantage de la causerie que de la science... L'homme est avant tout un écrivain, doté d'une imagination foisonnante et d'un certain sens de l'originalité. Editorialiste ou chroniqueur, Fulbert Dumonteil n'est pas vraiment journaliste au sens il tord (sans doute involontairement) la réalité des faits. Ou il est vraiment très mauvais en math!

Marseilles - Paris en moins de 4 heures, en 1900?

Ippolit Romanov (http://www.skyscrapercity.com/showthread.php?p=112594278)

"Et de tous les pays, il nous arrive de nouveaux systèmes de locomotion fantastique accaparant l'espace et supprimant le temps, si bien qu'au lieu de partir, on arrive, on est arrivé." Le rédacteur fait ensuite mention d'une expérience menée en Russie, en présence de l'impératrice Maria Feodorovna. Un "nouveau système de chemin électrique à suspension" conçu par deux ingénieurs russes (Romanoff et Popoff) était à l'essai. Les déraillements deviennent dès lors impossibles, pointe l'auteur, et cette technologie permet d'atteindre les "200 verstes à l'heure". Le verste est une ancienne mesure de longueur qui d'usage en Russie. C'était l'équivalent de 1.066,8 mètres. 200 vestres à l'heure, c'est donc 213,36 km/heure! Fulbert Dumonteil calcule par conséquent que ce procédé permettrait de relier Marseilles à Paris en moins de 4 heures! 

Ce qui est inouï, étant donné que c'est le temps qu'il faut actuellement pour couvrir cette distance (3 heures et demie). L'opération relève donc de la science-fiction, à l'époque. Et cependant, pendant ce temps, le Belge Camille Jenatzy a déjà dépassé les 100 km/h avec un véhicule électrique en forme d'obus. La Jamais Contente est née et elle est le véhicule électrique terrestre le plus rapide, en 1899. Songer qu'un monorail puisse doubler la vitesse sur l'apparente frêle structure immortalisée par une photographie d'époque, frôle le grotesque. 

Juillet 1900 à Gatchina (http://www.skyscrapercity.com)
J'ai mis le doigt sur une étude accessible dans son intégralité en PDF, "Les Chemins de Fer Monorails" de Pierre Oehrli, publiée en 2013 par Le Rail Lausanne. Les explications sont ici beaucoup plus claires. A la requête de l'impératrice Maria Fedorovna, Ippolit Romanov fabrique un monorail à Gatchina, sur un circuit de 200 mètres. Un prototype avait déjà été réalisé en 1897, un modèle avait, en effet, été présenté devant la Société Technologique de Russie. En 1900, les premiers passagers grimpent dans l'engin qui circule à l'étourdissante vitesse de... 15km/h. Oui, vous avez bien lu: 15 km/h! A épingler tout de même que Wikipedia fait mention de cette expérience aussi mais que les détails sont un peu différents. Le monorail aurait été testé le 25 juin 1900, à 15 km/h mais ne pouvait embarquer qu'un poids de 25 kilos. Or, les photos prouvent que plusieurs hommes ont pris place dans la cabine...

vendredi 29 juillet 2016

L'art de la boxe en 1896

Extrait de l'Ecolier illustré qui paraissait tous les jeudis (1896)

jeudi 21 juillet 2016

La géographie sur les bancs des années 30

La géographie des années 30 n'a évidemment plus rien à voir avec l'enseignement de cette matière aujourd'hui. Accessoire de nos jours, elle était vraisemblablement essentielle dans le passé. D'autant que  la Belgique incluait le Congo et à la production de houille dans nos charbonnages, on ajoutait celle de pétrole dans la région de Bakou. Les belles images et les textes dégoulinant d'un paternalisme niais nous transportent à une époque où le chauvinisme semblait de bon aloi.

Le monde paraissait presque limité à notre seul pays qui regorgeait de richesses naturelles et industrielles. Venait ensuite l'étude de l'Europe et les autres continents étaient rapidement brossés.

Un chapitre consacré au Congo montre les reliefs d'un pays propre, d'un peuple lisse et soumis. Les écoliers congolais sont paisiblement assis dans une classe aux murs blancs décorés d'un tableau noir et d'une horloge qui indique onze moins dix. Pas un seul ne sourit. Une autre illustration met en scène des écolières dans un établissement improvisé en pleine brousse, sous un toit de palmes. Légende : "Deux écoles indigènes. L'une, en plein air, est dirigé par une religieuse qui apprend à des jeunes filles noires l'art de la broderie. L'autre, sous toit, est dirigé par un missionnaire qui enseigne à de jeunes garçons noirs les rudiments de la science."

On prend conscience des bonds qu'ont tout de même effectués les mentalités lorsqu'on lit certaines passages du manuel scolaire. Sur le chapitre concernant l'Europe : "La plupart des habitants de l'Europe appartiennent à la variété blanche. (...) Environ 15 millions d'Européens appartiennent à la variété jaune." Et on divise ensuite les variétés en groupes ethniques. Ce qui fatalement conduit à la scission de notre pays. "Les groupes ethniques européens sont : 1° le groupe latin (135 millions) qui comprend entre autres les Belges wallons - 2° le groupe germain (150 millions) qui inclut notamment les Belges flamands." Il y a pire quand on aborde le chapitre sur l'Afrique. "Les variétés humaines les plus importantes de l'Afrique sont les variétés berbère, sémite et nègre."

Mais qu'est-ce qui poussait jadis les hommes à en classer d'autres? En quoi cela avait-il une quelconque importance? A moins qu'il ne s'agissait de servir les intérêts d'une "race" se proclamant supérieure et donc habilitée à asservir d'autres humains. A noter que les années 30 entachées par l'Allemagne hitlérienne, étaient vraisemblablement propices au développement d'idées extrémistes et racistes.

Autres temps. Autres moeurs. ©