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jeudi 15 mars 2018

Les belles images des écoliers et écolières

Fin du XIXe, début du XXe siècle, les petites têtes blondes se plongent dans la lecture du "Petit Français illustré, journal des écoliers et des écolières". Fondé en 1889 par la maison d'édition parisienne Armand Colin qui est une véritable institution en matière de pédagogie jusqu'à l'aube du XXe siècle, le Petit Français illustré comporte aussi des bijoux d'illustrations. Le périodique était essentiellement composé de récits publiés sous forme de feuilletons. Chaque couverture est une véritable oeuvre d'art, comme celle-ci d'une enfant, la fauche à la main, qui dort paisiblement à l'ombre de son panier vide.


Christophe y était illustrateur et est d'ailleurs considéré comme l'un des précurseurs de la bande dessinée en France. C'était aussi un botaniste à la Faculté des Sciences de Paris où il devient docteur en sciences naturelles. C'est parce qu'il doit compléter son revenu qu'il considère un poste comme dessinateur au sein de divers journaux. En début de carrière, Christophe, alias Marie-Louis-Georges Colomb est professeur au Lycée Condorcet et l'un de ses élèves n'est autre que le jeune Marcel Proust. Il donne aussi des cours particuliers aux enfants Dreyfus au cours de l'Affaire.

Sa littérature - car c'est bien de littérature qu'il s'agit - est riche et renvoie à de multiples allusions culturelles et géographiques. A l'époque, un illustrateur est également un écrivain et Christophe est un  fin et manie avec brio le jeu de mots brillant et l'humour farfelu.
"Sachez, mes filles, que nous sommes des atomes jetés dans le gouffre sans fond de l'infini." (La famille Fenouillard)"
"La vie, hélas ! n'est qu'un tissu de coups de poignard qu'il faut savoir boire goutte à goutte; et, je le dis hautement, pour moi le coupable est innocent"!" (Les facéties du sapeur Camember)
Le 15 mars 1902, il signe une superbe couverture qui s'inspire de La Fontaine dans "Les animaux malades de la peste". La scène est cocasse, on y voit des animaux différents malades se faire vacciner et attendre leur tour en cernant le médecin qui est un vieux singe. Une pancarte retient mon attention. Il y est écrit : "Chenil n°1 sujets pour expériences (Hommes)". Un monde inversé où l'homme devient cobaye et où l'animal est situé au sommet de la pyramide de l'évolution. La réflexion est très moderne, n'est-ce pas ? Pour consulter l'année 1902, cliquez ICI.


mercredi 23 novembre 2016

BD de 1901 : L'heure du train (2)

Deuxième fournée de planches extraites du Petit Français Illustré de 1901, la bande dessinée de Caran d'Ache.


 

mardi 22 novembre 2016

BD de 1901 : L'heure du train (1)

Périodique français créé en 1889, "Le Petit Français Illustré" (Journal des écoliers et des écolières) est gratuitement consultable en ligne dans Gallica, la bibliothèque numérique de la Bibliothèque nationale de France. Il arrive qu'on en déniche encore certains exemplaires dans l'une ou l'autre librairie spécialisée en vieux papiers. C'était mon jour de chance puisque j'ai mis la main sur un album relié datant de 1901/1902. Dans celui-ci, figurait toujours un feuillet d'une distribution des prix d'une école primaire communale bruxelloise.  L'élève méritant avait obtenu en juillet 1909, le prix général que constituait cet album.

Si les phylactères n'existent pas encore, les bandes dessinées sont déjà bien là. Et celle-ci, signée Caran d'Ache, met en scène un homme qui s'apprête à prendre le train. Et vous remarquerez que rien ne change vraiment et que l'horaire des trains alimentait déjà les débats. Les trois premières planches, aujourd'hui.



 


jeudi 21 juillet 2016

La géographie sur les bancs des années 30

La géographie des années 30 n'a évidemment plus rien à voir avec l'enseignement de cette matière aujourd'hui. Accessoire de nos jours, elle était vraisemblablement essentielle dans le passé. D'autant que  la Belgique incluait le Congo et à la production de houille dans nos charbonnages, on ajoutait celle de pétrole dans la région de Bakou. Les belles images et les textes dégoulinant d'un paternalisme niais nous transportent à une époque où le chauvinisme semblait de bon aloi.

Le monde paraissait presque limité à notre seul pays qui regorgeait de richesses naturelles et industrielles. Venait ensuite l'étude de l'Europe et les autres continents étaient rapidement brossés.

Un chapitre consacré au Congo montre les reliefs d'un pays propre, d'un peuple lisse et soumis. Les écoliers congolais sont paisiblement assis dans une classe aux murs blancs décorés d'un tableau noir et d'une horloge qui indique onze moins dix. Pas un seul ne sourit. Une autre illustration met en scène des écolières dans un établissement improvisé en pleine brousse, sous un toit de palmes. Légende : "Deux écoles indigènes. L'une, en plein air, est dirigé par une religieuse qui apprend à des jeunes filles noires l'art de la broderie. L'autre, sous toit, est dirigé par un missionnaire qui enseigne à de jeunes garçons noirs les rudiments de la science."

On prend conscience des bonds qu'ont tout de même effectués les mentalités lorsqu'on lit certaines passages du manuel scolaire. Sur le chapitre concernant l'Europe : "La plupart des habitants de l'Europe appartiennent à la variété blanche. (...) Environ 15 millions d'Européens appartiennent à la variété jaune." Et on divise ensuite les variétés en groupes ethniques. Ce qui fatalement conduit à la scission de notre pays. "Les groupes ethniques européens sont : 1° le groupe latin (135 millions) qui comprend entre autres les Belges wallons - 2° le groupe germain (150 millions) qui inclut notamment les Belges flamands." Il y a pire quand on aborde le chapitre sur l'Afrique. "Les variétés humaines les plus importantes de l'Afrique sont les variétés berbère, sémite et nègre."

Mais qu'est-ce qui poussait jadis les hommes à en classer d'autres? En quoi cela avait-il une quelconque importance? A moins qu'il ne s'agissait de servir les intérêts d'une "race" se proclamant supérieure et donc habilitée à asservir d'autres humains. A noter que les années 30 entachées par l'Allemagne hitlérienne, étaient vraisemblablement propices au développement d'idées extrémistes et racistes.

Autres temps. Autres moeurs. ©