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vendredi 6 mai 2016

Les délicieuses poupées de Mmes Appleton et Cradock

Extrait de "Josette en famille"
C'est une petite perle graphique venue des années folles, que j'ai récemment découverte au fil de mes pérégrinations littéraires. Les dessins de Honor C. Appleton, dans la série des Josette (Josephine dans la langue originale anglaise), sont frais, ronds, gracieux, doux comme une pluie de pétales odorantes. L'artiste a capturé dans son trait souple et ses aquarelles tendres, le monde de l'enfance et son innocence. Honor Charlotte Appleton originaire de Brighton dans le Sud Est de l'Angleterre, est née le 4 février 1879 et décédée en 1951. Elle a essentiellement collaboré avec Mme H. C. Cradock qui a imaginé les histoires d'une petite fille nommée Josephine et de ses poupées friponnes.
Extrait de "Josette en famille"

Au début du XXe siècle, Appleton a fréquenté Frank Calderon’s School of Animal Painting, puis the Royal Academy Of Arts où elle est demeurée jusqu'en 1906. C'est pendant qu'elle était à cet établissement qu'elle a commencé à illustrer "The Bad Mrs. Ginger", un livre qu'on peut consulter sur le site de l'International Children's Digital Library. Elle allait ensuite illustrer pas moins de 150 livres. Dont la série des Josette: La fête chez Josette, Josette et ses poupées, Josette, maîtresse d'école, Josette en famille, Josette fait des emplettes, Josette s'amuse...

C'est le Cotsen Children Library qui a acquis les biens d'Appleton dont un coffre rempli de poupées, jouets qui ont servi de modèles aux personnages de ses illustrations. Certains de ses contemporains allaient également utiliser cette technique et notamment A. A. Milne qui n'est autre que l'illustrateur de Winnie l'ourson. 

L'auteur H. C. Cradock est l'une des auteurs pour enfants de l'entre-deux-guerres les plus réputés. Cette enseignante s'est mis à l'écriture après son mariage avec un pasteur. Sa petite héroïne, Josette a 8 ans et c'est une fille unique qui possède 16 poupées pour lui tenir compagnie. L'enfant imagine des aventures pour chacune d'entre elles. H C Cradock sera emportée par une thrombose en 1941, à l'âge de 77 ans. ©
"Josette en famille" (1933), Fernand Nathan, éditeur

mardi 4 mars 2014

Le génie d'Edison : de la poupée parlante à l'électrocution

16 juin 1914. L'encre noire s'estompe mais l'écriture fine et soignée est toujours bien visible sur la page de garde. "A notre très cher Robert en souvenir de sa confirmation", ont signé Tantes Elisa et Eugénie. Elles sont sans doute loin de songer que dans une poignée de semaines, la Grande Guerre éclaterait. 
Joli livre de Jean Gauvin, intitulé "La jeunesse et l'oeuvre d'un savant (Edison)" jalonné de superbes illustrations. L'édition n'est pas datée mais la petite note nous livre un indice.
L'auteur passe en revue la jeunesse d'un tram-boy entreprenant et créatif, et s'attarde sur une oeuvre abondante autant qu'éclectique. Le téléphone primitif de Graham Bell a cependant des accents presque modernes à côté de l'appareil encombrant d'Edison. Inventeur du phonographe, Edison avait aussi conçu une poupée parlante en porcelaine. Gauvin se risque même à écrire: "Le phonographe sera peut-être, en effet, autre chose qu'un jouet plus tard."
1889 consacre définitivement Thomas Edison, par une exposition sur l'électricité. Dès lors, les villes et les villages sont dotés d'un éclairage électrique. Plus rien ne peut entraver le progrès. Plus rien... sinon la barbarie de l'homme. Très étonnant de voir l'illustration d'une électrocution aux Etats-Unis, dans un livre destiné aux enfants. Un chapitre est d'ailleurs consacré à la chaise électrique. "L'Amérique, pays de progrès, a voulu un moyen beaucoup plus rapide et moins douloureux peut-être de supprimer les criminels."
Les propos d'Edison sur l'électrocution donnent froid au dos. "Avec un courant d'une certaine puissance, déclara encore M. Edison, non seulement je me charge de tuer instantanément un homme, mais encore de carboniser son corps en quelques instants." La prise de position de l'auteur sur le sujet est toutefois excessivement avant-gardiste: "L'électrocution a continué et continuera encore aux Etats-Unis juqu'au jour, prochain sans doute, où toutes les nations civilisées banniront de leur code le chapitre relatif à la peine de mort. Il faut espérer que ce jour-là il n'y aura plus d'assassins à frapper, et par conséquent plus de crimes. Souhaitons que ce ne soit pas une utopie." ©

lundi 26 septembre 2011

Les fantômes du grenier

"Nos Loisirs" du 23 juin 1907.
J’aime les odeurs délicates qui se dégagent sous la poussière des greniers. Ce parfum, piquant, agressif et pourtant tendre, qui traîne aussi au fond des caisses, entre deux livres exhumés dans une brocante. Le passé possède ses effluves. C’est sans doute le meilleur moyen de voyager dans le temps. C’est en tous cas l’unique procédé actuel pour se transporter dans l’autrefois. Il suffit, en effet, de plonger les narines entre les pages jaunies d’un vieux bouquin oublié pour évoquer des souvenirs précis, pour réveiller des sensations enfouies. J’ai toujours eu cette étrange habitude de sentir les pages d’un livre neuf, de caresser sa couverture avant même d’avoir lu une seule ligne. Si le parfum d’un livre fraîchement imprimé a quelque chose d’enivrant et de prometteur, celui d’un livre qui a vécu, est, à mon avis, plus mystérieux, et a fortiori plus exaltant. Peu m’importe ce qu’il vaut. Si un bouquin a été oublié, s’il n’a dorénavant plus aucun intérêt (ou s’il n’en a réellement jamais eu), il me touche. Il en va de même avec certains objets, surtout les jouets. Ce n’est ni le prix, ni la valeur intrinsèque de l’objet qui m’intéresse (au contraire, j’aurais plutôt tendance à porter mon attention sur celui qui ne possède aucune valeur) ; c’est son pouvoir d’évocation sur moi. Il traîne quelques fantômes dans mon grenier. Je vous invite à un voyage au pays de mes ombres.©