mercredi 7 mars 2018

Les leçons sucrées des récrés des années 60 et 70

Classique : les nounours en gélatine
Les récrés des années 60 et 70 ressemblaient vraisemblablement à celles d'aujourd'hui. Ou pas. Sur la suggestion d'une amie qui a vécu la même jeunesse que moi, je prends aujourd'hui un grand plaisir à me remémorer les récrés de la période flower power. Et plus particulièrement, les collations qu'on s'enfilait sur le coup de 10 heures. Les en-cas sains mais aussi et surtout les douces cochonneries bourrées de sucre ou de sel... L'heure de la récré a sonné.

Extrait du Tintin n° 39 (25-09-1973)
Extrait du Tintin n°38 (18-09-1973)
Avions-nous un mode de vie plus sain et consommions-nous davantage de fruits et de produits laitiers ? Pas forcément. Et pourtant, à partir des années 50, on commence à donner un verre de lait aux élèves. On est, en effet, au lendemain de la guerre et l'initiative vise essentiellement à pallier les insuffisances alimentaires et à promouvoir l'hygiène alimentaire. La distribution gratuite de lait persista dans beaucoup d'écoles au cours des années 60 et jusqu'au début des années 80. 

Et si tous les établissements ne le faisaient pas, les mamans veillaient souvent à glisser un produit laitier dans le cartable. Je me souviens d'une bouteille de lait 25 cl goût vanille à damner tous les... seins (était-ce un lait de la marque Stabilac ou Stassano ?). Comme c'était peu pratique et qu'il fallait songer à emporter un décapsuleur, j'emportais plus volontiers un tube ou un berlingot de lait concentré, véritable bombe d'énergie. Mais il y a pire. Jusqu'aux années 1980, la bière de table Piedboeuf était servie dans les cantines belges. Ce qui donnerait lieu à un scandale à l'époque actuelle. En guise de collation, je croquais parfois une pomme Golden, avalais une mandarine ou grignotais une banane. Mais j'étais une gamine et ce que je préférais de loin, c'étaient les friandises et le chocolat sous toutes ses formes.

 Des bonbons plein les poches !


Zip (distribué par la marque belge De Beukelaer) était une petite barre fourrée de riz soufflé et de caramel, enrobée de chocolat au lait. C'était plutôt dur sous la dent mais c'était exquis quand la friandise se ramollissait sur la langue. Et dur signifiait : faire durer le plaisir. J'étais aussi très friande de melo-cakes. Les dents gourmandes craquaient la carapace de chocolat brillant pour mettre à jour le fondant blanc de la guimauve moelleuse. Ensuite, je savourais le biscuit mou et humide avant d'entrer en classe.

Classique d'entre les classiques, le petit nounours en gélatine colorée était très ludique. Je me souviens que je tentais de les sucer le plus longtemps possible afin qu'ils atterrissent, entiers, dans mon estomac et je les imaginais en train de discuter au fond de mes tripes. Inquiétant... je sais.

Publicité extraite de Tintin n°38 (18-09-1973)

Extrait du Tintin n°38 (18-09-1973)
Autre gourmandise typique des années 70 à enfiler vite fait sous la langue : les Treets, de grosses cacahuètes enrobées de chocolat, plus connues sous la marque M&M's aux Etats-Unis mais à la différence des M&M's colorés, les Treets étaient marron. La publicité est culte : le chocolat fond dans la bouche, pas dans la main. Dans la même veine, il y avait les dragées Bonitos, plus proches du concept M&M's mais les Bonitos étaient frappées de smileys aux expressions diverses. C'était sans doute la première fois qu'on découvrait ces visages ronds tantôt hilares tantôt étonnés. Qui aurait pu deviner à cette époque-là que ces friandises allaient révolutionner notre manière de communiquer ? 
Publicité issue du Tintin n° 39 (25-09-1973)
Les barres les plus célèbres étaient sans doute les Milky Way (si léger qu'elle ne coupait pas l'appétit) et Mars dont le slogan a été intégré dans le langage populaire de l'époque.

Quand on allait à la piscine, j'attendais avec délice la fin du cours pour acheter ma sucrerie préférée : le lacet rouge ou rouleau de réglisse. Le "lacet rouge" me semblait plus appétissant que le noir, d'autant qu'il devait être aromatisé à la fraise.

BiFi et chips : la facture est salée

Et puis, il y avait les snacks salés. Hyper salés ! Au sel ou au paprika, les chips en petits paquets s'engloutissaient, croustillants et épicés, en deux temps trois mouvements. Je me souviens des chips de la marque belge disparue Samo. Difficile de dénicher des informations sur cette société sur Internet mais rien que pour le plaisir, voici une brochette de publicités : ici. J'ai aussi gardé en mémoire les chips Smiths en forme de mini frites. Enfin, ils existent toujours mais ont connu une popularité féroce dans les années 70, les BiFi. Petit bâton de salami (= beefy) moulé dans son maillot de plastique, il a été lancé sur le marché, en 1972. Je le déshabillais (l'acte était presque empreint de sensualité quand j'y songe) et le dévorais avec beaucoup voracité. J'avais un rituel. Une fois le saucisson avalé, je fourrais le plastique en bouche et le mâchouillais quelques minutes afin d'en extraire les dernières particules de sel et de goût fumé. La saucisse prétendait sans honte être un aliment riche en énergie... vraie. C'était en quelque sorte le petit en-cas des sportifs, des jeunes qui bougeaient : les bifiphages !

On est finalement arrivé très loin de la nourriture saine et de la consommation quotidienne de lait, de produits issus du lait et de fruits ou légumes qu'on voulait promouvoir pour une meilleure hygiène de vie dès le plus jeune âge. Les années flower power ne sont pas particulièrement équilibrées en matière alimentaire. Et les cours de récré, les cantines constituaient souvent des temples à la gloire du sucre et du sel dont les produits dérivés nous font rêver mais aussi... crever.


Extrait du Tintin n°  5 (01-02-1972)

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