vendredi 14 octobre 2016

Du rouge sur mon cahier bleu marine

A l'époque, je ne songeais qu'à me débarrasser de ces vieux cahiers encombrants qui s'entassaient dans des caisses gondolées par l'humidité de la cave. Mais on racontait qu'il fallait absolument tout garder sous peine d'être sanctionné par l'inspection générale. Après des dizaines d'années, ça m'a drôlement fait plaisir d'exhumer ces cahiers jaunis parce que j'avais la sensation, en tournant les pages, de revoir une petite fille que j'avais oubliée. Parce que le papier à lignes portait la mémoire du parfum de l'encre et de la gomme, l'écho des feuilles d'automne qui craquaient sous mes pieds.

J'ai parcouru avec curiosité les pages de mon carnet de vocabulaire de 4e année recouvert d'un papier bleu marine avec l'étiquette cernée de lignes rouges, soigneusement collée à la gomme arabique. Et je me suis arrêtée à la page datée du 3 juin 1970. J'ai miraculeusement préservé quelques souvenirs de cette année-là et je ne sais pourquoi je me souviens encore du visage de mon institutrice. Surtout de ses cheveux coupés court sur le devant et qui couraient en boucles sur la nuque. Un peu comme Paul McCartney dans ces années-là. Cela devait s'appeler la coupe mulet.

J'avais 9 ans et je me souviens parfaitement de cet épisode. L'institutrice avait demandé que nous rédigions une rédaction fouillée sur notre sportif favori. Oui mais voilà, je n'avais pas bien compris le concept d'une rédaction et je ne m'intéressais nullement au sport. Et encore moins aux sportifs. En manque d'inspiration, j'avais tout bonnement bâclé le sujet. Je séchais sur le sportif que j'allais choisir et je me rappelle qu'à l'époque, on parlait souvent de Jacky Ickx que je trouvais plutôt mignon. Mon choix s'était donc exclusivement porté sur son minois, pas sur ses prouesses sportives. J'avais complètement zappé (sic : je me permets un anachronisme) la présentation du personnage et je ne pouvais décemment pas écrire que je l'avais sélectionné, juste parce qu'il était beau. J'avais juste entendu qu'il avait eu un spectaculaire accident en 1970, sur le circuit de Jarama en Espagne. J'avais vraisemblablement trouvé qu'il avait été courageux de poursuivre car à cet âge-là, je redoutais les accidents de voitures et je détestais voir la moindre goutte de sang.

Sur ce cahier, je retrouve avec gourmandise les souvenirs effacés de ma mémoire, au gré de rédactions malhabiles. Une marraine qui rend une visite impromptue à la maison, alors que nous avions prévu d'aller à la mer. La plantation d'oignons de jacinthes apportés par Anne et Dominique. La découverte d'un petit oiseau tombé du nid et mes efforts pour le nourrir et retrouver sa mère. Des bribes de souvenirs sans importance et pourtant tellement importants du haut de mes trois pommes.

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