vendredi 10 juin 2016

Karen Carpenter donne de la voix à l'anorexie

CD de ma collection personnelle
Adolescente, j'affectionnais les voix masculines prépubères, les groupes emmenés par des frères comme les Osmond, les Jackson ou les Bee Gees, et aussi Claude François. En 1973, Cloclo avait d'ailleurs livré sa reprise de "Yesterday Once More" de Karen et Richard Carpenter, avec "Sha La La (Hier est près de moi)" mais même si l'interprète de "Belles, Belles, Belles" a bercé toute mon enfance, la version originale ne peut souffrir aucune comparaison pour la simple et bonne raison qu'elle est parfaite.  Karen Carpenter est l'une des rares voix féminines, avec Ella Fitzgerald et Sade, qui me fait fondre. 

Il y peu, en chinant dans une boutique de seconde main, j'ai mis la main sur cette pépite plutôt rare puisqu'il s'agit du premier live des Carpenter, diffusé uniquement sur le marché japonais. En réalité, les Carpenter n'ont jamais sorti d'albums live aux USA. Une seconde prestation en public a cependant été pressée en 1976, au Royaume-Uni: "Live At The Palladium". Bien que datant de 1974, le son (digitalement restauré) est d'une pureté cristalline et comme on est au Japon, le public est très respectueux et écoute religieusement jusqu'à la fin des morceaux avant d'applaudir très sagement. De sa voix limpide de contralto, Karen décline sans faille les titres-phares du duo, "Sing", "Close To You", "We've Only Just Begun",... Elle a 24 ans et commence à être tourmentée par son apparence physique. A l'époque, c'est la première fois que j'entends parler de l'anorexie mentale.

Quand le duo est mis sur pied, Karen chante derrière sa batterie (elle est batteuse depuis l'âge de 14 ans) mais comme elle ne mesure qu'un mètre 63, le public ne la voit pas et elle finit par occuper le devant de la scène. La suavité de son timbre, la justesse et la grâce de sa voix captent toute une génération avide de douceur. Richard, son frère est derrière le piano et les projecteurs sont braqués sur Karen dont les tourments se marquent dans la chair, dès le milieu des années 70. Sa vie privée est douloureuse et peu à peu, Karen s'enfonce dans la dépression. Avant sa maladie, elle pèse 75 kg mais à l'automne 1975, elle ne pèse plus que 45 kg! A cette époque, les Carpenter enregistrent leur 6e album studio "Horizon". De plus en plus faible, Karen passe le plus clair de son temps à dormir, entre 14 et 16 heures par jour, selon la biographie de Randy Schmidt, "Little Girl Blue: The Life Of Karen Carpenter"

Les Carpenter enchaîneront des concerts jusqu'en 1978. Ils enregistreront encore des albums avant le décès de Karen qui n'atteindra jamais ses 33 ans. En avril 1982, Karen enregistre son dernier titre, "Now".  
"Now, Now when it rains I don't feel cold
Now that I have your hand to hold"
 
("Maintenant, quand il pleut, je n'ai plus froid - Maintenant que je tiens ta main"). Malgré une prise en charge thérapeutique, la santé de Karen se détériore. Et pourtant, elle reprend 15 kg en huit semaines mais son coeur a peine à supporter le changement. Fin de l'année 1982, elle met un terme à son mariage de 14 mois et livre son dernier concert dans une école californienne. Le 11 janvier 1983, elle se livre à une séance photos à l'occasion d'un hommage pour les 25e Grammy Awards. Ce sera sa dernière apparition publique. Le 4 février 1983, Karen est emportée par une défaillance cardiaque. Une voix s'éteint, une légende est née. Et dorénavant, on allait mieux connaître l'anorexie mentale.

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire