samedi 24 décembre 2011

Clo Clo: j'y pense et puis je n'oublie pas


Photo publiée avec la partition d'"En rêvant à Noël"
L'amour de mes 6 ans était sans conteste Claude François. Clo Clo donnait un concert au Palais des Beaux-Arts de Charleroi, en ce 16 mars 1968. En vedette américaine, il y avait Gaston(*), un humoriste qui finissait son show en enfonçant sa tête dans un tableau. Il allait ainsi « faire tapisserie » pendant tout le spectacle de Claude, le cadre irrémédiablement accroché au cou. C'est l'un des détails stupides et inutiles inexplicablement demeuré gravé dans ma mémoire. Lors du concert, j'ai souvent regardé la gigantesque silhouette de Claude se détacher du mur côté cour. Un autre détail inexplicable. C'était comme si l'ombre me paraissait plus réelle que l'homme lui-même.

Tout se déroulait tel dans un rêve merveilleux. D'autant que ma mère avait pris soin d'acheter préalablement un gigantesque bouquet de fleurs pour que je puisse le remettre à mon idole. On m'avait présentée à un agent de la sécurité, au bas de la scène, une sorte de garde du corps prêt à intervenir au moindre débordement passionnel. J'étais très émue. Un homme m'avait pris la main pour être sûr que je ne m'échappe pas. J'observais le profil de Clo Clo de plus près. Il était ruisselant de sueur. Aux premiers rangs, des adolescentes en transe hurlaient et tendaient des mains suppliantes vers leur vedette. Je ne comprenais pas grand chose à ce rituel mais je remarquai que cet impudique étalage de sentiments exubérants ne plaisait pas trop à l'homme qui me serrait la menotte. Il hocha la tête et esquissa un signe à un collègue qui leur pria de s'asseoir et de se calmer. J'avais l'air d'un ange à côté de ces grandes filles. Entre deux chansons, le garde du corps m'invita à grimper sur scène. J'escaladai les quelques marches qui me séparaient de mon beau blond. Gaston m'adressa un clin d'œil complice. Claude se tourna vers moi, saisit brusquement ma gerbe et colla sa joue sillonnée de gouttes de sueur sur mes lèvres. J'effleurai à peine son épiderme mouillé, tant son mouvement fut expéditif. Les grandes filles ne pouvaient plus se contenir. Elles rêvaient probablement d'être à ma place mais je songeai qu'embrasser un chanteur en pleine transpiration, n'avait rien de très agréable. Les baisers moites, ce n'était pas ma tasse de chocolat ; mais ce soir-là, j'avais été la seule à embrasser Claude François. Et ça valait tous les baisers moites du monde !©

(*) Michel Cassez dit Gaston, a été le chef d'orchestre de Claude François avec René Urtreger, François Jeanneau. C'est Claude François qui le baptisera « Gaston », par référence à Gaston Lagaffe. Benjamin de l'octuor « Les Compagnons de la Chanson », Gaston était un multi-instrumentiste.

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